Sûre de l’emporter, Mme Merkel est inquiète des conditions de sa victoire. Son souhait déclaré serait que les électeurs lui donnent, dimanche, la possibilité de reconduire la coalition que la démocratie-chrétienne, son parti, le grand parti de la droite allemande, avait formé avec les libéraux du FDP mais rien ne garantit que ce soit le cas.

Avant-hier, aux élections régionales de Bavière, les libéraux n’ont obtenu que 3% des voix alors qu’il en faut un minimum de 5% pour entrer au Parlement fédéral. Plus préoccupant encore pour la chancelière, cette défaite du FDP fait suite à une longue série d’autres et les sondages ne lui accordent que les 5%, ric-rac, au-dessous desquels il serait éliminé et ne pourrait donc plus revenir au gouvernement.

Non seulement le centre libéral pourrait venir à manquer à Mme Merkel mais, bien plus inattendu, surprise de cette campagne, un parti anti-euro a fait son apparition sur l’échiquier politique. Parti de zéro, l’AfD, l’Alternative pour l’Allemagne, qui prône une « sortie ordonnée » de la monnaie unique en est maintenant à 4% d’intentions de vote et les instituts de sondages considèrent que ce nouveau parti pourrait faire mieux que cela dimanche, passer la barre des 5% et entrer au Bundestag, car les électeurs qui sont tentés de lui donner leurs suffrages hésiteraient aujourd’hui à le dire, même dans l’anonymat d’une enquête d’opinion.

Cela reste à voir mais ce n’est effectivement pas impossible et, si cette petite révolution avait bien lieu, Mme Merkel perdrait des voix à droite alors qu’elle risque déjà de perdre le centre.

Cela ne l’empêcherait pas de redevenir chancelière tant sa popularité est grande et tant son parti devance les sociaux-démocrates mais elle aurait alors, sous son troisième mandat comme sous le premier, à gouverner avec la gauche ce qui ne l’enthousiasmerait pas le moins du monde.

Elle s’y ferait, bien sûr, puisqu’elle est déjà passée par là et que les coalitions droite-gauche n’ont rien d’incongru en Allemagne où les électeurs se sentent au contraire plutôt rassurés par cet alliage des contraires qui empêche droite et gauche d’aller au bout de leurs programmes.

C’est le problème de l’Allemagne et de sa chancelière. Aux Allemands de choisir leur majorité mais, s’ils contraignaient Mme Merkel à une grande coalition – c’est comme cela qu’on dit – la politique européenne de Berlin pourrait en être assouplie. A l’inverse de la démocratie-chrétienne, la social-démocratie n’a pas d’opposition de principe à une mutualisation partielle des emprunts européens. Elle souhaite augmenter les salaires afin de favoriser une relance par la consommation, non seulement en Allemagne mais dans toute l’Union, car les Allemands pourraient alors acheter plus de produits venant du reste de l’Europe qui pourrait, à son tour, acheter plus de produits allemands.

Inquiétude de Mme Merkel, la grande coalition est le rêve de toutes les capitales de l’Union et d’abord, avant tout, de la France et de François Hollande dont les marges de manœuvre s’en trouveraient élargies.

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