Si ce n’est pas une partition, cela y ressemble, et très fortement. Après avoir ratifié hier, à l’unanimité, un accord d’association économique avec l’Union européenne - accord en faveur duquel le Parlement européen s’est presque simultanément prononcé à une écrasante majorité, les députés ukrainiens ont en effet octroyé un « statut spécial », un statut de très large autonomie, aux régions orientales de leur pays, celles que contrôlent les séparatistes pro-russes. Non seulement l’Ukraine orientale pourra disposer de son propre exécutif et de sa propre police mais elle sera autorisée, dit cette loi, à « renforcer et approfondir » ses relations avec la Russie, autrement dit à s’arrimer à elle tandis que le reste du pays va s’arrimer, lui, à l’Union européenne. Les sécessionnistes ont aussitôt rejeté ce texte en disant qu’ils ne voulaient plus d’aucun lien avec Kiev mais ils ne s’en sont pas moins dits prêts à des discussions pour la bonne raison que ce statut spécial découle directement de l’accord de cessez-le-feu conclu, le 5 septembre dernier, entre les représentants des présidents russe et ukrainien. Ce jour-là, l’Ukraine avait du prendre acte de l’accumulation de ses revers militaires face aux sécessionnistes armés et épaulés par les troupes russes. Ce jour-là, l’Ukraine avait entériné la sécession de fait de ses régions orientales qu’elle vient donc de contrebalancer par l’officialisation de son rapprochement économique avec l’Union dont elle espère qu’il sera son premier pas vers une admission comme membre à part entière. Si ce n’est pas une partition de l’Ukraine, c’est en tout cas son découpage en deux zones d’influence que, trêve ou pas trêve, la poursuite des combats va parachever puisque la Russie vient d’annoncer le renforcement de sa présence militaire en Crimée, la péninsule qu’elle avait annexée au printemps et qu’elle entend bien relier maintenant aux régions orientales passées sous son contrôle. A l’exception du précédant kosovar, c’est ainsi la première fois depuis la fin de la Guerre que les armes, russes en l’occurrence, modifient des frontières et décident de l’issue d’une crise en Europe. C’est évidemment inquiétant mais que peut-il se passer maintenant ? Dans l’hypothèse optimiste, les choses pourraient rester dans le flou d'un non-dit pendant que l’Union et la Russie mettraient à profit les 16 mois courant jusqu’à l’entrée en vigueur de l’accord d’association pour négocier les conditions de son application. Ce n’est pas impossible car l’économie russe se dégrade tant sous l’effet des sanctions occidentales que Vladimir Poutine aurait besoin de calmer le jeu. C’est ce qu’il faut espérer mais le président russe peut tout aussi bien être tenté de rééditer son succès ukrainien dans d’autres des anciennes Républiques soviétiques et la tension internationale deviendrait alors vraiment sérieuse.

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