Une dizaine de pays sont engagés dans le conflit syrien, mais, après sept ans de guerre, son avenir se décide sans les Syriens.

A Idlib, vendredi 14 septembre, la population a manifesté contre le régime de Damas qui s’apprête à donner l’assaut : mais sa voix n’est plus entendue.
A Idlib, vendredi 14 septembre, la population a manifesté contre le régime de Damas qui s’apprête à donner l’assaut : mais sa voix n’est plus entendue. © AFP / OMAR HAJ KADOUR / AFP

On a beau annoncer que la guerre de Syrie touche à sa fin, la réalité reste celle d’une guerre toujours plus internationalisée, toujours plus complexe. La liste des pays engagés dans ce conflit est impressionnante, faisant de la Syrie le banc d’essai des nouveaux rapports de force mondiaux.

Dans la nuit de samedi à dimanche, l’aviation israélienne a bombardé des cibles près de Damas, des dépôts de munitions sans doute liés à l’Iran. En dix-huit mois, Israël a mené pas moins de 200 raids aériens en Syrie, sans trop le proclamer.

Depuis une dizaine de jours, l’aviation russe s’active de son côté pour préparer le terrain à l’assaut contre Idlib, la dernière grande région qui échappe au pouvoir de Damas. La Russie a une présence militaire de longue date en Syrie, notamment la base navale de Tartous, remontant à l’époque soviétique.

L’Iran participe lui aussi de manière décisive à la reconquête du terrain perdu par le régime, avec ses propres Gardiens de la révolution, ou par l’intermédiaire du Hezbollah libanais, intervenu très tôt pour épauler l’armée syrienne en difficulté.

La Turquie est l’autre grand acteur régional qui dispose de troupes en permanence en Syrie, que ce soit dans la zone rebelle d’Idlib, ou plus au nord, dans la région d’Afrin qu’elle a reprise aux Kurdes au début de l’année.

Idlib, en Syrie, et les positions des différentes parties.
Idlib, en Syrie, et les positions des différentes parties. © AFP / Sophie RAMIS, Kun TIAN, Gillian HANDYSIDE, Thomas SAINT-CRICQ, Charlotte MASON /

Moins voyants, moins nombreux aussi, surtout depuis la chute de Raqqa, l’ancienne capitale de l’Etat islamique, les Occidentaux sont toujours présents en Syrie. Les Etats-Unis et la France maintiennent des unités de leurs forces spéciales, à la fois face aux derniers réduits des djihadistes de Daech près de la frontière irakienne, mais aussi pour protéger leurs alliés kurdes menacés par la Turquie dans le nord.

Chacun a des intérêts différents. Israël veut empêcher l’Iran d’implanter des bases, la Turquie est obsédée par les Kurdes, Téhéran veut étendre sa zone d’influence, et la Russie en a fait le tremplin de sa reconquête du statut de puissance… La France, orpheline d’une stratégie syrienne, espère réintégrer un jour le grand jeu régional. Enfin, les Etats-Unis sont pris entre les injonctions contradictoires d’un Trump qui veut se retirer, et du Pentagone qui veut rester. Sans oublier les pays du Golfe, Arabie Saoudite, Emirats et Qatar, qui financent le conflit depuis des années sans y participer sur le terrain.

Et les Syriens dans tout ça ? 

La guerre les a dépossédés de toute prise sur leur propre destin, que la révolution de 2011 tentait de leur rendre. Il y a quelques jours, la Russie, la Turquie et l’Iran étaient réunis pour discuter de l’avenir de la Syrie - sans les Syriens.

Hier, le régime de Damas a organisé de premières élections municipales dans les zones sûres, mais tous les candidats étaient acquis au parti Baas d’Assad. Comme avant 2011, 350 000 morts et cinq millions de réfugiés plus tard.

A Idlib, en zone rebelle, d’importantes manifestations ont eu lieu ces derniers jours, rejetant à la fois le régime de Damas et les djihadistes. Mais c’est un baroud d’honneur : cette voix-là n’est plus entendue. Le destin de la Syrie se décide ailleurs, sans elle.

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