Des représailles contre l’Iran pourraient déclencher un conflit généralisé dont le président américain ne veut pas. L’Iran, pour sa part, a choisi une ligne dure.

Donald Trump, lundi 16 septembre, en compagnie du prince héritier du Bahrein en visite à Washington. Le président américain n’a pas clairement identifié l’Iran comme l’agresseur de l’Arabie saoudite.
Donald Trump, lundi 16 septembre, en compagnie du prince héritier du Bahrein en visite à Washington. Le président américain n’a pas clairement identifié l’Iran comme l’agresseur de l’Arabie saoudite. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Lorsque l’escalade a commencé dans le Golfe persique, en juin dernier, avec l’attaque de deux tankers, le chef de la diplomatie britannique d’alors avait évoqué le risque d’une « guerre par inadvertance ». Ce qu’il voulait dire, c’est que chaque partie pratiquait l’escalade sans nécessairement vouloir la confrontation, mais que celle-ci était non seulement possible, mais risquait de devenir inévitable si rien n’était fait.

On s’en est dangereusement approché ce weekend, avec l’attaque des installations pétrolières saoudiennes, et son onde de choc planétaire. La guerre n’est pas pourtant pas encore inévitable, même si on voit bien la tentation de représailles contre l’Iran, désigné de plus en plus clairement comme l’agresseur par l’Arabie saoudite et, avec prudence, par les États-Unis.

Elle n’est pas inévitable, car chacun sait que des représailles militaires même limitées contre l’Iran ont le potentiel d’embraser la région. Le risque est double : à la fois de déclencher un conflit majeur et durable, et de déstabiliser l’économie mondiale avec une flambée des prix du pétrole.

Il faut essayer de comprendre la motivation des protagonistes. Commençons par l’Iran, qui semble avoir choisi une ligne dure, même si Téhéran nie être à l’origine de l’attaque de la raffinerie saoudienne. Menacé d’être étranglé par les sanctions américaines, l’Iran a commencé une escalade en reprenant par étapes ses activités nucléaires, et en multipliant les incidents, y compris la destruction d’un drone américain.

Jusqu’ici, la stratégie iranienne semblait être de faire monter les enchères pour desserrer l’étau, en espérant faire bouger les autres signataires de l’accord nucléaire de 2015, en particulier les Européens. L’attaque de samedi est-elle une étape de plus dans cette escalade très politique, ou au contraire une fuite en avant de l’aile dure du régime des Mollahs pour empêcher tout compromis avec les Américains ? Difficile à dire, mais la réponse à cette question déterminera la suite : plus de conflit ou encore une chance à la diplomatie.

C’est tout aussi complexe du côté des États-Unis. La semaine dernière, Donald Trump a limogé son Conseiller John Bolton, qui rêvait jour et nuit d’en découdre avec l’Iran. L’hypothèse d’un Sommet entre le président américain et son homologue iranien Hassan Rohani à New York dans quelques jours semblait tout à fait possible, notamment avec l’aide de la diplomatie française ; c’est évidemment plus difficile, sinon impossible.

Mais, malgré ses rodomontades sur Twitter, Donald Trump ne veut pas d’une nouvelle guerre moyen-orientale alors qu’il est reparti en campagne pour un second mandat l’an prochain. Ce n’est pas sa promesse à ses électeurs, c’est même l’opposé.

L’ampleur de l’attaque, qui prive le Royaume saoudien de la moitié de sa production de pétrole -ce n'est pas rien!-, ne pourra pas rester sans réponse. Pour autant, les options sur le bureau du Président américain sont toutes risquées, ce qui laisse encore une chance, modeste, à la diplomatie. Donald Trump doit prendre la décision la plus difficile de son mandat.

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