Dans son discours sur l’état de l’Union, Ursula Von der Leyen a mis au défi les 27 États-membres de passer de l’unanimité à la majorité qualifiée sur les questions de droits de l’homme ; un test de volonté pour l’UE.

La Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, pendant son discours sur l’état de l’Union, hier devant le Parlement européen à Bruxelles.
La Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, pendant son discours sur l’état de l’Union, hier devant le Parlement européen à Bruxelles. © AFP / JOHN THYS / AFP

Une des principales faiblesses de l’Europe est son incapacité à prendre des décisions rapides et fortes sur les enjeux extérieurs qui la concernent, et à faire respecter les valeurs qu’elle professe.

Dans son premier discours sur l’« état de l’Union », hier, la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a pris ces sujets à bras le corps, avec une annonce, et un défi lancé aux États-membres.

L’annonce répond à une demande faite il y a déjà plusieurs années dans un vote du Parlement européen : l’adoption d’une « loi Magnitsky » européenne. La Loi Magnitsky est une législation américaine de 2012, qui porte le nom d’un avocat russe engagé dans la lutte anticorruption, et qui est mort en prison en Russie en 2009. 

Cette loi permet de sanctionner toute personne liée à ce décès, et d’éviter l’impunité. Elle a depuis été étendue et a servi dans de nombreuses affaires, par exemple des officiels saoudiens impliqués dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Une telle législation permettra à l’Europe d’agir dans un cas comme la tentative d’empoisonnement dont a été victime l’opposant russe Alexei Navalny, victime du poison Novitchok, un produit développé par l’État russe ; ou pour muscler son propos face à la répression en Biélorussie. La Présidente de la Commission a également fait référence à la situation à Hong Kong et au sort des Ouigours de l’Ouest de la Chine, laissant donc entrevoir des sanctions ciblées contre des officiels chinois.

C’est un tournant pour l’Union européenne qui était devenue atone en matière de défense des droits de l’homme. Ursula Von der Leyen a alors lancé un défi aux 27 États-membres, celui de passer de l’unanimité à une majorité qualifiée pour les décisions liées aux droits de l’homme ou à la mise en œuvre de sanctions. 

« Pourquoi même de simples déclarations sur les valeurs de l’UE sont-elles retardées, édulcorées ou prises en otage pour d’autres motifs », s’est-elle exclamée ! Tout récemment, Chypre a en effet bloqué l’adoption de mesures de sanctions contre des dirigeants biélorusses en raison de la tiédeur du soutien reçu face à la Turquie. La majorité qualifiée éviterait ce genre de situations qui affaiblit la crédibilité de l’UE.

Les « 27 » y sont-ils prêts ? C’est la vraie question, car la principale faiblesse de l’Union est en elle-même. Ursula Von der Leyen a aussi montré hier que l’Europe doit balayer devant sa porte s’agissant du respect des valeurs : l’UE, a-t-elle dit, ne peut pas tolérer des « zones sans LGBT », comme l’ont proclamé certaines localités polonaises.

Elle a également évoqué le sort des réfugiés du camp sinistré de Moria, dans l’île grecque de Lesbos : « nous n’avons pas d’autre choix que de nous montrer capables de gérer ensemble la question de la migration », a-t-elle dit ; ajoutant que chacun doit y prendre sa part : là encore, les regards se tournent vers la Pologne et la Hongrie, mais pas seulement.

Dans l’ensemble des défis actuels de l’Europe, de la pandémie et ses conséquences économiques, à la transition écologique, ou encore la souveraineté technologique, ce volet sur les valeurs et la défense des droits de l’homme a une forte portée symbolique. Il montrera la capacité, ou pas, de l’Europe à devenir une puissance à part entière, et surtout, à se penser en tant que puissance.

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