Direction aujourd'hui un géant de l'Afrique, le Nigéria... D'ailleurs pourquoi le Nigéria ce matin ?

Kaduna Abuja Expressway
Kaduna Abuja Expressway © Getty / Irene Becker Photography

D'abord pour réparer une injustice : je n'ai pas assez parlé de l'Afrique dans cette chronique alors que le continent est, de beaucoup de points de vues, l'avenir économique et démographique de l'Europe et probablement du monde.

Ensuite, parce que je suis tombé sur deux information contradictoires : la 1ère est le recul économique du Nigéria, par rapport à ses rivaux de toujours : l'Egypte et surtout l'Afrique du Sud.

Les 3 pays rivalisent depuis des années pour être la 1ère économie du continent. L'essor des prix du pétrole aidant, le Nigéria avait il y a quelques années dépassé l'Afrique du Sud. C'est aujourd'hui l'inverse : l'Afrique du Sud a regagné sa couronne perdue.

Or c'est très traumatisant pour le Nigéria qui a vocation à être la 1ère puissance d'Afrique avec ses 180M d'habitants. Cette rétrogradation signifie simplement que le pays n'a pas profité de la décennie miraculeuse pour diversifier son économie.

Le pays a peut-être d’autres chats à fouetter ! Et Notamment à défaire Boko Haram !

En fait, l'un n'aurait jamais empêché l'autre. Boko Haram sévit dans le Nord Est du Nigéria, une partie notoirement sous-développée du pays. L'argent du pétrole aurait pu servir à investir dans le nord en retirant à Boko Haram le prétexte de la relégation.

Au lieu de cela, l'argent a servi à nourrir une corruption devenue si généralisé que l'ancien Premier ministre britannique David Cameron avait qualifié en public et devant la reine le Nigéria de « pays le plus corrompu du monde avec l'Afghanistan ».

Et aujourd'hui que le prix du baril a été divisé par trois, le Nigéria se retrouve démuni et avec une seule et unique réponse aux djihadistes de Boko Haram : l'armée, la police, la répression.

Et c'est justement sur ce terrain-là que l'actuel gouvernement pense avoir remporté la partie. C'est la 2ème information qui m'a frappé : l'armée nigériane assurait hier avoir capturé ou désarmé plus de 8.000 militants de Boko Haram en quelques mois.

Faut-il croire les militaires nigérians ?

Oui et non. Sur les chiffres, non : 8 000 et pourquoi pas 10 000 ? C'est absolument invérifiable. Par contre, on sait que Boko Haram est en grande difficulté, avec des problèmes de leadership, des problèmes de recrutement et d'autres de financements.

La preuve la plus irréfutable étant que les attentats aveugles ont repris le pas sur les opérations militaires classiques. Boka Haram qui au fait de sa puissance contrôlait un territoire grand comme la Belgique en est réduit aujourd'hui à utiliser des kamikazes.

Mais encore une fois, ce succès relatif masque la déconfiture économique et sociale du pays : plus de pétrodollars à distribuer, ça veut dire des mois de retards dans le versement des traitements de fonctionnaires, par exemple.

Et cette crise sociale qui se répercute dans tout le pays est évidemment porteuse de mécontentement et d'instabilité. Elle risque surtout de rouvrir les plaies jamais cicatrisées entre un nord musulman pauvre et un sud chrétien beaucoup plus riche.

Alors quel espoir pour cet immense pays ? Une jeunesse extrêmement nombreuse et plutôt bien formée. Une culture qui a débordé sur l'ensemble de l'Afrique, notamment au travers du millier de films produits chaque année dans le pays.

Enfin, il y a surtout tous les pays alentours qui n'ont absolument pas envie de laisser leur grand voisin plonger dans une crise trop grave et qui feront tout, de l'Afrique du Sud à l'Egypte mais aussi à la Chine, pour aider le géant de l'Afrique, le Nigéria.

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