La Catalogne et l'Espagne en général sont des acteurs mineurs de la coalition internationale qui bombarde quotidiennement l'Etat islamique en Irak ou en Syrie.

Forces de police espagnoles dans les rues de Barcelone après l'attentat, revendiqué par l'organisation Etat Islamique le 17 août 2017
Forces de police espagnoles dans les rues de Barcelone après l'attentat, revendiqué par l'organisation Etat Islamique le 17 août 2017 © AFP / ALBERT LLOP / ANADOLU AGENCY

Quelques formateurs ici ou là, un soutien avant tout logistique comme allié de l'OTAN et point barre. Comme l'Allemagne avant elle, l'Espagne est loin d'avoir le niveau d'engagement de la France, du Royaume-Uni ou tout simplement des Etats-Unis.

Ça va même au-delà : une des premières décisions de Madrid, suite aux attentats de mars 2004 a précisément été de retirer l'ensemble de ses troupes d'Afghanistan et d'Irak. Le Premier ministre de l'époque, Zapatero, n'avait pas hésité une seconde : fini l'aventurisme.

Pourquoi la Catalogne ? Il n'y a qu'une réponse raisonnable : parce que la Catalogne – et Barcelone en particulier - est une des toutes premières destinations touristiques d'Europe, la 4ème ville la plus visitée pour être exact.

Les terroristes visaient donc avant tout l'Europe insouciante

Comme toujours au fond ! Des terrasses de café parisiens à la promenade des Anglais à Nice, du marché de Noël de Berlin aux boites d'Orlando et d'Istanbul et donc des Ramblas de Barcelone à la promenade de Cambrils, l'objectif est toujours le même : détruire l'insouciance, la joie de vivre pour eux insupportable de cette jeunesse européenne. L'idée mille fois répétée dans leur communiqués morbides est la suivante : « vous bombardez notre jeunesse, nous tuons la vôtre là où elle fait la fête. »

Donc la Catalogne, donc Barcelone, donc Cambrils. C'est d'autant plus évident, que s'ils avaient voulu frapper les Barcelonais sui generis, ils n'auraient pas commis cet attentat en août : comme toutes les capitales européennes, Barcelone est vidée de ses habitants.

Mais il y a aussi une raison presque pratique qui a conduit l'Etat islamique à commettre ces attentats dans cette région d'Espagne qui est aussi le poumon économique et industriel du pays : c'est là qu'ils ont leur recrues et leurs bases arrières.

C'est effectivement en Catalogne que la police intervient régulièrement pour démanteler des réseaux

Le 25 avril dernier, la police espagnole y a arrêté une dizaine de personnes liées au djihadisme international. En fait, l'Espagne est devenu un pays riche comme les autres, avec une immigration venue essentiellement d'Amérique latine et du Maghreb.

L'Espagne a même un temps été une sorte de plaque tournante pour les intellectuels du djihadisme qui rayonnaient, si l'on peut dire, depuis Barcelone ou Malaga et on longtemps recruté voir accueilli des partisans sans être inquiété : la priorité était l'ETA.

Evidemment tout a changé depuis les 200 morts et les 2000 blessés des attentats de Madrid en mars 2014. De 140 policiers et espions, les équipes du contre-terrorisme espagnol sont passées à 3.000, comme en France !

Aujourd'hui, un millier de « personnes d'intérêt » sont surveillées, 259 sont en ce moment même mises en examen. Depuis 2011, 700 arrestations ont été effectuées et 120 djihadistes sont derrière des barreaux espagnols.

Il y a une dernière raison : les enclaves espagnoles au Maroc

C'est très important : on l'oublie toujours mais l'Espagne est le dernier pays occidental à posséder des colonies dans le monde arabe ! Les deux villes de Ceuta et Melilla sont enclavées en plein littoral marocain. Le Maroc n'y a évidemment jamais renoncé.

Cette situation qu'au Maghreb on juge anachronique, voire humiliante, s'ajoute au fait que l'Espagne est – aux yeux des islamistes – un paradis perdu : une terre d'abondance dont ils ont été chassés en 1492 : le mythique Al Andalus ! L'Andalousie arabe.

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