Des manifs d'étudiants à Bangkok viennent rappeler que les Thaïlandais n'ont pas renoncé à la démocratie. Le régime monachico-militaire leur facilite la tâche.

Manifestants contre le gouvernement en Thaïlande, le 16 juillet 2020
Manifestants contre le gouvernement en Thaïlande, le 16 juillet 2020 © AFP / Norimasa Tahara / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

Il y a eu des manifestations étudiantes en Thaïlande ce week-end... On n'avait pas vu cela depuis des années. Depuis qu'une junte militaire a déposé le dernier gouvernement démocratiquement élu du pays en 2014. Alors, ils n'étaient qu'une vingtaine de milliers ce dimanche à se réunir à Bangkok devant le bien nommé monument de la Démocratie. Mais quel courage !

Il faut savoir que les forces de l'ordre ne plaisantent pas en Thaïlande avec la dissidence : elles ont tiré à balles réelles sur la foule en 1973, en 1976, en 1992 et en 2010. Elles n'hésiteront pas une seconde si elles se sentent menacées.

D'autant que ces étudiants ne faisaient pas que s'en prendre à la junte. Le monument devant lequel ils se sont réunis à Bangkok dimanche ne célèbre pas simplement la démocratie : il commémore l'instauration en 1932 de la monarchie constitutionnelle.

Un caniche officier de l'armée de l'air

D'abord, ce roi est récent – il a succédé à son père qui a régné 70 ans - en 2014. Ensuite, Rama X est notoirement stupide, cruel et libidineux. On lui doit une fête gargantuesque pour son caniche Foo Foo en 2007, par ailleurs devenu officier de l'armée de l'air thaïe.

Il prend un malin plaisir à élever ses concubines successives au rang de quasi-reine, voire de reine, pour ensuite les déchoir avec leur famille. Sans parler des petites disparitions mystérieuses ou meurtrières qui émaillent la chronique palatiale depuis des années.

Mais surtout, ce roi est absent : il passe le plus clair de son temps en Bavière. Il daigne revenir au pays de temps en temps pour d'ennuyeuses cérémonies protocolaires où ses sujets doivent se traîner à ses pieds ou le porter en palanquin doré.

Se confiner en Allemagne avec son harem

C'est la provocation de trop ! Elle a entraîné un flot de commentaires désobligeants sur Internet autour du #AvonsNousBesoinD'unRoi #เยาวชนปลดแอก). Une première dans un pays où le crime de lèse-majesté existe et peut vous coûter jusqu'à 15 ans de prison.

Mais dans un pays qui tire 1/5e de sa richesse du tourisme et qui, selon les calculs des militaires eux-mêmes, devraient avoir plus de 14 millions de chômeurs d'ici la fin de l'année, cette fuite royale avec une centaine de serviteurs et un harem entier a choqué.

Vous pourriez me dire : quel importance, c'est un roi de pacotille, un triste sire ! La réalité du pouvoir est entre les mains des militaires. Ce serait mal connaître l'intrication des militaires et de la Cour royale, les uns tirant leur légitimité de l'autre, et vice-versa.

La Junte et le roi, un couple infernal

Lorsque la junte militaire et son chef M. Prayut Chan-o-cha, l'actuel Premier ministre, prennent le pouvoir en 2014, ils utilisent l'argument habituel des putschistes : mettre fin au désordre politique – qu'ils avaient eux-mêmes entretenus – et s'appuient sur un roi respecté.

À l'époque, il s'agissait de Bhumibol ou Rama IX, le père de l'actuel roi. Il y avait donc une parfaite synchronie entre pouvoir militaire restaurateur de l'ordre et pouvoir royal prestigieux. Or aujourd'hui, ces deux pôles interdépendants sont pris à défaut.

Les militaires font la preuve en ce moment même de leur incompétence économique et ne peuvent même plus compter sur le prestige de la monarchie, avec ce sinistre play-boy plus bavarois que thaïlandais. Le "deux-en-un", militaro-monarchique est grippé.

Je ne vais pas annoncer la fin d'un régime tous les jours ! Hier la Biélorussie, aujourd'hui la Thaïlande... D'autant que l'institution monarchique reste très respectée. L'institution, peut-être, celui qui l'incarne, on verra... après tout, il y a un prince héritier.

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