A en croire les dirigeants iraniens, leurs ambitions nucléaires ne sont pas militaires mais civiles. Nous avons besoin de centrales atomiques, disent-ils, car le pétrole n’est pas éternel et que nous voulons utiliser nos réserves à l’exportation pour financer la modernisation du pays. Quant on leur fait observer que personne de leur dénie le droit de produire de l’énergie nucléaire mais qu’ils alimentent toutes les craintes en voulant maîtriser par eux-mêmes le processus d’enrichissement de l’uranium, leur réponse est simple. Nous ne voulons dépendre d’aucune assistance étrangère, rétorquent-ils, car l’Histoire nous a appris à ne plus jamais nous mettre dans la main de quiconque. L’argumentation se tient. Peut-être, sans doute, est-elle vraie mais elle n’est qu’une partie de la vérité. En rivalité de toujours avec ses voisins arabes et sunnites, l’Iran chiite, l’ancienne Perse, se vit comme totalement encerclé depuis que les Etats-Unis ont pris pied en Irak et en Afghanistan alors qu’ils disposaient déjà de bases dans le Golfe. Entre ces nouvelles et anciennes craintes, leur désir de redevenir la puissance qu’ils furent et la volonté de leur régime d’assurer sa survie, l’écrasante majorité des Iraniens, partisans et adversaires des mollahs, veulent la bombe et pas seulement des centrales. Ils ne le disent mais c’est un fait - la réalité à laquelle le monde fait face car le jour où l’Iran aurait l’arme atomique non seulement ce sont ses mollahs qui en disposeraient mais l’Egypte, la Turquie, l’Arabie saoudite la voudraient aussi, tous les efforts de non dissémination auraient échoué et cette région, celle du pétrole, qui est déjà celle de toutes les dangers tanguerait plus encore. La stabilité internationale commande de contrer l’ambition nucléaire de l’Iran mais comment ? Les grandes puissances, les 5 du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, se consultent aujourd’hui à Moscou mais que faire ? Des sanctions économiques ? Les Etats-Unis y poussent. L’Europe n’est pas contre mais, outre que la Russie n’est pas pressée d’en arriver là et que la Chine et le Japon ne sont pas du tout chauds car le pétrole iranien leur est nécessaire, les sanctions n’ont jamais été très efficaces contre aucun pays et emballeraient encore les cours du pétrole. Une aide alors, au développement du nucléaire civil iranien en échange de l’abandon du militaire ? Les Européens y ont cru. La Russie veut encore y croire mais ce n’est pas cela que veut l’Iran. Une attaque militaire, donc, contre les sites iraniens ? Des plans sont dressés mais outre qu’Israël ne veut pas entendre parler d’y prendre part, que les pays du Golfe y sont opposés par peur de représailles et que la logistique n’est donc pas évidente, non seulement la localisation des sites n’est pas certaine mais l’Iran aurait tous les moyens de faire payer cher une telle attaque en organisant des attentats terroristes et accélérant l’éclatement de l’Irak. Il n’y a en fait qu’une seule chose à tenter : la négociation directe d’accords de sécurité entre Washington et Téhéran. L’un des plus influents sénateurs républicains, Richard Lugar, vient de s’y déclarer favorable mais les Etats-Unis susciteraient alors une immense inquiétude chez leurs alliés du monde arabo-sunnite. Il n’y a pas de solution simple.

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