Elections présidentielle et parlementaires le même jour, le Zimbabwe a voté le 29 mars. Des résultats partiels ont été communiqués au bout de longues journées. Tous marquaient une large avance de l’opposition qui revendique la victoire mais, quatre semaines après le scrutin, les résultats définitifs n’ont toujours pas été publiés, surtout pas ceux de la présidentielle à laquelle se représentait le héros de l’indépendance, Robert Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis 1980. La tension monte dans ce pays, déjà ravagé par une inflation folle. Tabassages, arrestations et tortures, les milices du régime en place multiplient les violences contre l’opposition et les régions qui ont mal voté. Un pays plonge dans le chaos et, bien que personne n’ignore ce drame, que l’Afrique se démène et que l’Onu multiplie les réunions, bien que les Etats-Unis, l’Europe et la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, haussent le ton contre Robert Mugabe, bien qu’il n’y ait pas d’indifférence, l’impuissance internationale reste complète. Face à cette crise, le monde n’arrive à rien car la réalité que le Zimbabwe vient rappeler est qu’il y a bien des imbroglios nationaux ou régionaux que ni les démocraties, ni l’ensemble des grandes puissances, ni les institutions internationales ne peuvent démêler, en tout cas pas d’un coup. Personne, c’est clair, n’enverra d’armée au Zimbabwe, non seulement parce qu’aucune capitale ne souhaite y risquer la vie de ses soldats mais aussi parce qu’une intervention militaire suppose que l’Etat qui la mène accepte de prendre la responsabilité de ce qui se passera ensuite, de prendre en charge le rétablissement d’une stabilité dans le pays où il est intervenu. C’est long, risqué, coûteux. On est obligé de prendre parti, comme au Kosovo. On devient vite un occupant, comme en Irak ou en Afghanistan et, sauf exception ou enjeu stratégique, on s’abstient donc. Des sanctions alors ? Oui, bien sûr, mais prendre des sanctions – même ciblées sur les dirigeants – contre un pays qui n’est plus qu’un océan de misère ? Cela demande, au moins, réflexion et puis enfin, surtout, une crise a toujours un contexte auquel se heurte ce « devoir d’ingérence », beaucoup moins évident dans la pratique que sur le papier. Le drame du Zimbabwe, de cette ancienne Rhodésie qui fut un grenier de l’Afrique, remonte à la fin des années 90, lorsque Robert Mugabe a exproprié, et ruiné, les grandes propriétés agricoles toujours détenues par les anciens colons blancs qui avaient, un temps, proclamé l’indépendance du pays à leur profit. Lorsque la Grande-Bretagne avait fini par mettre bon ordre à cette affaire, elle s’était engagée, auprès de Robert Mugabe, à financer le rachat de ces terres. C’était le compromis mais, devant l’addition, les Britanniques s’étaient finalement dédits et Robert Mugabe a vu, là, une conspiration blanche dont son opposition ne serait que l’instrument. Il défend son pouvoir, bien sûr. Le héros a mal vieilli mais il revit aussi le combat de sa vie entière. L’Afrique est consternée, mais elle est mitigée. Les Occidentaux reprochent aux Africains de ne pas agir mais ils ne peuvent pas ignorer les torts de Londres. Tous marchent sur des œufs et ce pays coule.

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