La tendance se confirme. Après tant d’autres pays européens, la Finlande a fait, hier, d’un parti nationaliste aussi europhobe qu’hostile à toute immigration, sa troisième formation politique, d’un poids comparable à celui de la droite et de la gauche avec 19% des suffrages et 39 sièges sur 200. Cette percée, le parti des vrais Finlandais – c’est son nom – la doit avant tout aux difficultés économiques d’un pays qui, après avoir souffert de l’effondrement d’un de ses principaux clients d’après guerre, l’Union soviétique, s’était redressé avec l’essor international de Nokia mais recule à nouveau. La Finlande avait su profiter de la mondialisation en imposant ses téléphones portables sur les cinq continents. C’est dans l’enthousiasme qu’elle avait alors rejoint l’Union européenne et l’euro mais, depuis, la plus célèbre de ses marques a perdu des parts de marché au profit de concurrents dont l’innovation technologique l’a dépassée. Elle en apprécie beaucoup moins la mondialisation dont les plus démunis de ses citoyens voudraient se protéger mais ce retournement économique n’est pas la seule raison de sa poussée nationaliste. Bien au-delà de ce moment d’inquiétude, la Finlande est travaillée par la même nostalgie que toute l’Europe occidentale, celle des trois décennies qui avaient suivi la Deuxième Guerre mondiale. A l’abri de la stabilité internationale créée par les deux blocs et l’équilibre de la terreur, l’Europe connaissait alors une croissance forte poussée par la reconstruction. L’avenir semblait devoir être toujours meilleur. Le prix du pétrole était bas. Il n’y avait pas de pays émergents pour mettre en question les positions industrielles et commerciales de l’Occident et le plein emploi comme la menace communiste avaient établi un rapport de force politique grâce auquel les salariés et leurs syndicats pouvaient imposer une progression continue des salaires et de la protection sociale. Ce fut l’âge d’or de l’Europe occidentale, son paradis perdu, un temps béni dans lequel les parents étaient convaincus que la vie de leurs enfants serait encore meilleur que la leur mais aujourd’hui – on le sait – c’est l’inverse. Le chômage, l’effondrement du communisme et de la peur qu’il suscitait, l’envolée des prix de l’énergie et la concurrence de nouvelles puissances industrielles aux coûts de production dix fois moins élevés que ceux de l’Europe, exercent une pression sur les salaires et la protection sociale tandis que des usines ferment ou délocalisent. Au coude à coude avec les Etats-Unis, l’Union européenne est en tête de l’économie mondiale mais ses habitants et ses pays n’ont plus confiance en leur avenir et c’est ce doute qui nourrit, en Finlande comme ailleurs, de nouvelles droites radicales fondant leur europhobie sur un mélange de nationalisme et de défense des acquis sociaux, de rejet des immigrés et de quête d’identité dans un monde globalisé. Tant que de nouvelles politiques européennes n’auront pas fait un objectif prioritaire de l’affirmation d’une puissance publique continentale à même de résister à la pression des marchés et de rééquilibrer le rapport de force entre le capital et le travail, ces nouvelles droites continueront de prospérer et d’influencer les partis conservateurs, comme on le voit en France.

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