Etait-ce Lille, carrefour de l’Europe, à équidistance de Paris, Londres et Bruxelles ? Etait-ce la présence à ce meeting du Premier ministre belge, le socialiste Elio di Rupo, et du leader du PS belge qui a dit son espoir de voir la gauche l’emporter en France et faire ainsi « basculer le curseur politique de l’Europe » ? Etait-ce avant tout que, de la croissance à la protection sociale, tout ce qui est fondamental se jouera dans la zone euro et l’ensemble de l’Union et non pas dans les seules frontières nationales ?

Sans doute était-ce pour toutes ces raisons à la fois mais le fait est qu’hier, à Lille, François Hollande a solennellement rappelé que tous ses engagements avaient été « marqués par la volonté de construire une Europe de progrès et de solidarité » et déclaré qu’il voulait « changer la logique en Europe » dont c’est « la dérive libérale, a-t-il dit, qui a pu séparer un moment la gauche, les tenants du oui et les tenants du non en 2005 ».

L’ambition est claire : amener l’Union à ne plus seulement s’unir pour réduire ses dépenses et rétablir ses équilibres mais également pour relancer sa croissance en sachant investir dans l’avenir, la faire passer de la droite à la gauche et en faire l’instrument d’un rebond industriel du continent fondé sur l’innovation technologique et le maintien de son modèle social. C’est ce que la gauche française a toujours voulu faire de l’Europe, une puissance publique de taille continentale à même de faire face à un marché mondialisé mais cette ambition est-elle réalisable ?

Aujourd’hui, là, maintenant, la réponse est non car la plupart des gouvernements européens sont de droite et souvent libéraux et veulent, au contraire, trouver les ressorts de la croissance dans une déréglementation plus poussée sans laquelle, à leurs yeux, l’Europe ne pourrait pas accroître sa compétitivité. S’il est élu, François Hollande sera, d’abord, très isolé au sein du Conseil européen, l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement où tout se décide, mais son pari n’est pour autant pas perdu d’avance.

Il ne l’est pas parce que, depuis le krach de Wall Street, l’idéologie libérale a du plomb dans l’aile et que les choses bougent en Europe, à droite comme à gauche. Ceux des partis sociaux-démocrates qui s’étaient partiellement ralliés au libéralisme en sont désormais revenus. Même à Londres, la gauche européenne redevient keynésienne et, à droite, bien des gouvernements européens réalisent que les seules restrictions budgétaires les plongeront plus encore dans l’endettement au lieu de les en sortir. Aussi libéraux qu’ils soient, ils cherchent le salut dans une relance volontariste de la croissance, craignent les explosions sociales que l’excès de rigueur pourrait provoquer et ne sont plus loin de penser que la gauche française n’a pas tort. L’atout de François Hollande serait d’arriver au pouvoir au moment où, même à droite, les idées de gauche progressent en Europe.

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