Difficile à dire… On ne sait pas. Faut-il analyser les dernières déclarations du président syrien, en chercher la logique, fût-elle interne, ou plutôt conclure que cet homme n’a décidément plus son discernement ?

Voilà deux ans maintenant que les Syrien réclament son départ et sont passés, pour cela, des manifestations pacifiques à la lutte armée, deux ans qu’il fait bombarder son propre pays, torture et tue sans pitié et que déclarait hier Bachar al-Assad ? « Que le président reste ou parte, disait-il, relève de la volonté du peuple. Ce poste n’a pas de valeur sans le soutien du peuple. Il n’est pas un objectif en soi (car) l’objectif est le projet que le président offre au peuple ».

On est alors tenté de lui demander où serait son « projet » pour la Syrie et pourquoi il n’a pas déjà démissionné si le peuple est souverain mais argumente-t-on avec quelqu’un qui ne voit plus ou ne veut plus voir la réalité ? Non, on l’abandonne à la psychiatrie dont il relève et puis, non, tout de même, comment le laisser dire lorsqu’il poursuit en expliquant, sur le ton de l’évidence, qu’une « opposition installée de son plein gré à l’étranger ne peut être patriote », ajoute que « dans tous les pays du monde l’opposition est élue et bénéficie d’une base populaire » et demande tranquillement : « Où sont les élections sur lesquelles se base cette opposition-là ? ».

Bachar al-Assad peut dire cela sans ciller alors qu’il y a plus de 40 ans que le régime fondé par son père traque ses opposants, les élimine, les torture et n’a jamais organisé une élection qui ne soit pas une pure et simple farce. Alors que lui répondre ? Qu’il consente à des élections libres et se soumette à leur résultat ? Que la France libre était à Londres, qu’elle n’avait bien évidemment pas été élue et que les patriotes étaient à l’étranger et non pas à Vichy ?

Non. Non. Ce serait parfaitement inutile car la seule chose à relever dans cette interview est, en fait, que l’assassin de Damas ne cédera qu’une fois acculé à fuir et menace désormais, tout à fait explicitement, de porter la guerre au-delà de ses frontières en déclarant que « tout le monde sait que la Jordanie est aussi exposée que la Syrie ».

Or ce pays n’a pas été mentionné par hasard. Contrairement à la Turquie qui elle aussi accueille les opposants et réfugiés syriens, la petite Jordanie peut être aisément déstabilisée et les Etats-Unis y auront bientôt deux cents officiers chargés d’évaluer la situation et d’y parer tout danger.

Barack Obama reçoit l’un après l’autre les principaux dirigeants de la région. Son secrétaire à la Défense entame samedi une tournée proche-orientale. Avec autant de réticences que l’Europe, les Etats-Unis sont irrésistiblement entraînés dans ce conflit qui met toujours plus face-à-face les deux religions, sunnite et chiite, de l’islam. L’incendie menace toute la région mais les Occidentaux hésitent toujours à armer l’opposition par crainte que leurs armes ne tombent entre les mains de djihadistes.

Ce danger est absolument réel et certainement pas négligeable mais, plus on tardera à armer l’opposition, plus les djihadistes y prendront du poids. Assad est une abomination mais les Occidentaux sont singulièrement inaptes à agir.

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