Sans doute, le savez-vous déjà, mais il faut le redire. Devant la foule rassemblée place Saint-Pierre, le pape a raconté hier sa visite de la veille dans un camp de réfugiés sur l’île grecque de Lesbos.

« J’ai vu tant de douleur, a-t-il dit avec émotion, évoquant tous ces enfants qui avaient vu leurs parents mourir en mer et un homme, surtout, qui l’avait particulièrement marqué. « Il est musulman et sa femme était chrétienne, a-t-il raconté. Ils s’aimaient et se respectaient mais elle a été égorgée par des terroristes parce qu’elle n’a pas voulu renier le Christ. C’est une martyre et cet homme, a dit François, pleurait tant… ».

Alors entendons ce que disent ces quelques phrases que le pape n’a pas prononcées par hasard. A travers l’histoire de cet homme, François disait que des musulmans et des chrétiens peuvent s’aimer et se respecter, que ces centaines de milliers de réfugiés sont des victimes de la terreur et que si cet homme pleurait sa femme et la pleurait tant, c’est qu’il est avant tout un homme, un être humain comme les autres.

On pourrait s’arrêter là, mais d’autres phrases et d’autres instants.

« Nous sommes tous des migrants », a dit ce fils d’Italiens immigrés en Argentine car ils y cherchaient une vie meilleure comme tant de gens la cherchent aujourd’hui en Europe. « C’est un voyage marqué par la tristesse », avait-il dit à la presse avant son arrivée à Lesbos. Nous allons à la rencontre de l’une des plus graves catastrophes humanitaires depuis la Seconde guerre mondiale. Nous allons voir des personnes qui souffrent parce qu’elles ont dû fuir et ne savent pas où aller. Nous allons aussi dans un cimetière, la mer ».

Ce sont les paroles d’un pape qui avait tenu à être accompagné là des dignitaires de l’Eglise orthodoxe grecque parce que tous les chrétiens se devaient de faire ce geste ensemble au nom du Christ et puis…

Et puis, il y avait ce mot de « liberté », scandé, brandi par les réfugiés, l’émotion qui les submergeait tous, une écrasante majorité de musulmans, devant ce chrétien qui a serré plus de trois cents de leurs mains et ces femmes, des chrétiennes, hagardes, qui se sont agenouillées devant François en suppliant : « Plus de camps ! ».

Visite accomplie, le pape a ramené trois familles au Vatican, 12 personnes tirées au sort, une goutte d’eau dans un océan de douleurs, bien sûr, mais là encore, un message à l’humanité, comme tant des gestes du Christ que ce pape a ressuscité samedi car c’est cela la résurrection du Christ, la permanence de son combat.

Alors ce geste, que dit-il ? De nous aimer les uns les autres, évidemment mais pas seulement. En ramenant avec lui douze réfugiés dans un Etat dont les frontières sont celles d’un quartier de Rome, le pape nous a fait honte à nous ces plus de 500 millions de citoyens de l’Union européenne qui avons fermé nos portes à ces malheureux au lieu de fonder la paix sur la générosité, cette pierre dont on bâtit les ponts. Alors, ce matin, trois mots : « Vive le pape ! ».

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