Où l'on voit le président américain jouer fin mais gros...

C’est un paradoxe, mais parfaitement explicable. Il n’est pas un pays au monde qui ne condamne les essais nucléaires de la Corée du Nord. Même son seul allié, la Chine, s’en irrite et les désapprouve. C’est très régulièrement que le régime nord-coréen fait ainsi, contre lui, l’unanimité du Conseil de sécurité et maintenant que Donald Trump hausse le ton contre Pyongyang, il le fait en se prévalant de l’appui des Chinois qui, dit-il, « travaillent avec nous sur le problème ».

Très bien. Parfait. Voilà le monde uni contre une innommable dictature héréditaire dont la montée en puissance nucléaire inquiète tous les voisins mais, face à ce régime, il est une autre unanimité, tout aussi forte, qui est que personne ne souhaite sa chute.

Ni la Chine ni le Japon et aucun, en fait, des pays de la région ne la souhaite car ils ne veulent pas qu’une réunification de la Corée puisse augurer de la renaissance d’une grande puissance pouvant leur faire de l’ombre. La Corée du Sud ne veut pas non plus d’un effondrement de la Corée du Nord car elle devrait alors prendre en charge sa reconstruction dont le coût pèserait lourdement et longtemps sur son essor économique. Quant aux Etats-Unis, en admettant même qu’ils y voient un intérêt propre qu’on aurait peine à discerner, ils ne veulent ni ne peuvent aller seuls à l’encontre à la fois de la Chine et de leurs alliés asiatiques.

C’est pour cela que cette dynastie a toujours pensé qu'elle avait de beaux jours devant elle. C’est ce qui explique la tranquillité avec laquelle elle provoque le monde mais, changement en cours, cela devient aujourd’hui moins certain en raison de la concomitance entre l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et les progrès militaires de la Corée du Nord. Le tir de missile auquel Pyongyang a procédé dimanche a viré au fiasco mais cet échec ne doit pas faire oublier que plusieurs autres tests ont été réussis et que ce régime pourrait bientôt disposer de missiles à charges nucléaires.

A Tokyo comme à Séoul, la nervosité monte et Donald Trump a vu là une occasion rêvée de démontrer l’efficacité dont il se targue. Je vais « traiter le problème » dit-il et le moyen qu’il a trouvé de le faire et de proposer un deal à la Chine : vous faites pression sur vos amis nord-coréens pour qu’ils se calment et, en échange, je ne vous cherche plus noise sur la déloyauté de vos pratiques commerciales.

Tweeté, ce deal est maintenant public. Il dispense Donald Trump d’engager un incertain bras de fer économique avec la Chine et la met en même temps face à ses responsabilités de grande puissance devant ses voisins asiatiques auxquels les Etats-Unis viennent ainsi prêter la main.

Le fait est que ce n’est pas mal pensé mais, avec un porte-avions américain voguant vers les côtes coréennes et l’imprévisibilité des dirigeants nord-coréens et de Donald Trump, la partie devient risquée car, question, où en serions-nous si Pyongyang avait réussi son essai de dimanche ?

La réponse n’est pas évidente.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.