L’attention planétaire reçue par le drame de Notre Dame, et les sommes considérables recueillies pour sa reconstruction font grincer des dents dans les pays du Sud qui y voient un signe de domination de plus en plus mal vécu.

2 septembre 2018, le Palais de Saint-Christophe, à Rio de Janeiro, qui abrite le Musée national du Brésil, est détruit par un incendie accidentel. 90% de ses œuvres sont détruites, un désastre pour l’Amérique latine.
2 septembre 2018, le Palais de Saint-Christophe, à Rio de Janeiro, qui abrite le Musée national du Brésil, est détruit par un incendie accidentel. 90% de ses œuvres sont détruites, un désastre pour l’Amérique latine. © AFP / FABIO TEIXEIRA / DPA / dpa Picture-Alliance

Un journaliste sud-africain a fait hier la comparaison : plusieurs centaines de millions d’euros pour Notre Dame réunis en quelques heures ; mais en six mois, le musée national du Brésil, qui a brûlé dans des circonstances similaires l’an dernier, n’a trouvé que 15 millions. Et le Sud-Africain de commenter : « j’imagine que c’est ce qu’on appelle le privilège blanc ».

En France, certaines voix se sont élevées pour regretter que tant d’argent soit trouvé en si peu de temps pour la cathédrale, mais qu’il n’y en ait jamais pour l’urgence sociale. Mais la même critique existe au plan international, entre les pays surexposés du Nord, et le monde émergent et encore marginal.

Le cas du Brésil est en effet exemplaire : le Musée national installé dans un palais de Rio de Janeiro, était une institution vieille de deux siècles, contenant plus de 20 millions d’objets sur l’histoire de l’Amérique latine. Le 2 septembre, le feu a pris accidentellement dans le Palais de Saint Christophe, détruisant 90% des œuvres, une perte incalculable pour tout un continent.

Depuis, le directeur du Musée fait le tour du monde pour réunir des fonds pour la reconstruction : il n’a trouvé que 15 millions, mais certainement beaucoup de sympathie.

Il ne s’agit pas ici de comparer la place respective de Notre Dame et du Musée brésilien dans l’histoire et l’identité de chaque peuple, ça n’aurait pas de sens ; mais de reconnaître qu’il existe encore d’immenses différences de traitement entre les pays, reflet d’un ordre international qui est de moins en moins bien accepté.

La machine médiatique a sa part de responsabilité. Les grands moyens d’informations du monde entier se sont mis lundi en breaking news, exceptionnel pour un incendie accidentel sans victimes. Hier encore, la BBC a interrompu ses programmes pour diffuser en direct la conférence de presse d’Édouard Philippe…

Certains, sur les réseaux sociaux, déplorent depuis deux jours que le même traitement n’ait pas accompagné la destruction par les autorités chinoises, d’une mosquée aussi vieille que Notre Dame, dans sa guerre aux Ouigours musulmans dans la province chinoise du Xinjiang. Trop complexe ? Trop loin ? Pas d’images ? Le fait est qu’on n’en a pas parlé.

Ainsi, si l’Occident a perdu son monopole des affaires du monde, il reste dominant dans l’inconscient collectif planétaire. Une hiérarchie des sentiments qui est vécue, dans le monde non-occidental, comme un reliquat de colonialisme dépassé, comme le montre la réaction du journaliste sud-africain.

Ca se traduit en émotions collectives immédiates, en identification simple et rapide avec des monuments qui sont imprimés dans tous les esprits, qu’on les ait visités ou pas ; et en avantages sonnants et trébuchants quand c’est nécessaire.

C’est cette différence de traitement qui est ressentie de plus en plus difficilement. Certains y verront la montée du politiquement correct, d’autres la fin d’un privilège historiquement daté. En attendant, rien n’arrêtera l’émotion suscitée par Notre Dame, pas même la mauvaise conscience.

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