Il y a un an que ca dure. Lorsqu’ils ont fini par s’assurer le contrôle de l’Afghanistan, il y a bientôt un an, les Etats-Unis ont transféré quelques six cents prisonniers sur leur base de Guantanamo, à Cuba. Plus loin de tout, on ne fait pas et ces hommes sont, depuis… le seul mot qui convienne est « embastillés ». Comme on pouvait être, sous l’Ancien régime, écroué à la Bastille sur simple décision du Roi, enfermé sans procès, sans la moindre possibilité de recours, ces hommes ne sont pas détenus par décision de justice, dans l’attente d’un procès ou parce qu’ils auraient été jugés. Ils le sont parce que le Président des Etats-Unis, chef des armées américaines, les considère comme des « combattants ennemis », refuse que leur soit appliquée la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre et les a jetés aux oubliettes. Peut-être, sans doute, en sortiront-ils un jour mais, pour l’heure, aucun magistrat ne les interroge. Des militaires s’en chargent, sans aucun contrôle de qui que ce soit. Le droit d’être assisté d’un avocat leur est refusé. Leurs familles ne peuvent pas leur rendre visite. Les Etats-Unis, pour l’heure, violent tranquillement leur propre législation, les conventions internationales qu’ils ont signées et cet « état de droit », cette suprématie de la loi, qui fait toute la différence entre une démocratie et une dictature. Trente-deux barreaux du monde, dont celui de Paris, viennent de s’en indigner, dénonçant une « situation de non-droit » qui est effectivement caractérisée car il n’y a qu’une alternative. Ou bien ces hommes sont des prisonniers de guerre et doivent être traités comme tels ou bien ce sont des criminels et ils doivent être jugés. Tout le reste est intolérable et c’est évidemment à ce grave précédant, à cet absolu scandale, que pensait, hier le Haut Commissaire de l’Onu aux droits de l’Homme, Sergio Vieira de Mello, lorsqu’il s’inquiétait des « effets dommageables de la guerre contre le terrorisme sur les standards des droits de l’homme ». Quand la plus grande démocratie du monde nie ouvertement le droit, le droit est en péril, les démocraties perdent leur exemplarité et s’ôtent les moyens de critiquer les dictatures. On le voit bien en Russie puisqu’il n’y a, aujourd’hui, personne pour protester contre la sauvagerie dont le pouvoir russe fait preuve en Tchétchénie. Là aussi, la lutte contre le terrorisme excuse tout. Puisque terrorisme il y a, tout est permis – l’horreur quotidienne ; la mort, la semaine dernière, en prison d’un condamné tchétchène officiellement victime d’une « hémorragie interne » ou la farce judiciaire qui vient de reconnaître « dément aux moments des faits » le colonel qui avait, il y a deux ans, violé et tué une jeune Tchétchène de dix-huit ans. Les militaires russes auront compris. Ils ont carte blanche. L’impunité leur est assurée comme Georges Bush, solidarité contre le terrorisme, l’assure à Vladimir Poutine. La démocratie est attaquée. C’est vrai, mais ce n’est pas en se niant elle-même, en niant les principes qui font sa force, qu’elle gagnera.

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