Jacques Chirac a fait, hier, le tour de cette question du voile et de la laïcité. Il l’a bien fait, en sachant la replacer dans l’histoire de ce que sont la nation et le modèle français, dans l’histoire de cette longue bataille pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour la stricte égalité de tous les citoyens français, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques et, naturellement, leur sexe ou leur origine. Bien plus encore que l’annonce de cette loi qui n’est qu’un moyen de préserver un héritage essentiel à la communauté nationale, c’est cette partie là de son allocution, les attendus, qui est importante mais il y manquait pourtant une chose, la dimension internationale du problème. Depuis deux siècles, la France a un lien tout particulier avec le monde arabo-musulman. C’est vrai de l’Algérie qui reste française comme la Gaule est restée romaine, par échanges et imprégnation culturelle. C’est également vrai, tout autant en fait, du Maroc et de la Tunisie de ces deux anciens protectorats avec lesquels la séparation a été, qui plus est, pacifique mais ce n’est pas tout. Les passages, autrement plus brefs, de la France en Egypte, en Syrie, au Liban ont créé, un cousinage entre ces pays et nous et les Lumières et la révolution française, la République, ont si profondément marqué les élites perse et ottomane que les idées françaises ont directement inspiré la révolution constitutionnaliste de 1906 en Iran et l’immense entreprise de modernisation de la Turquie lancée par Ataturk dans les années vingt. Tout cela remonte à loin mais la référence intellectuelle du Maghreb, jusqu’à nos jours, reste Paris. La révolution constitutionnaliste demeure jusqu’aujourd’hui, le creuset des aspirations démocratiques de l’Iran et ce n’est pas pour rien que Mustapha Kemal est entrée dans l’Histoire de la Turquie sous ce nom d’Ataturk, le père des Turcs, le fondateur de la Turquie contemporaine, laïque et candidate à l’entrée dans l’Europe. Ce qui se fait en France, nos débat, nos erreurs et nos réussites, n’est ainsi pas indifférent aux évolutions de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient. Cela l’est d’autant moins que les musulmans de France viennent de ces pays, y ont de la famille, y vont en vacances or que se passe-t-il dans ce monde arabo-musulman ? Ouverte ou feutrée, il s’y déroule une formidable bataille entre les islamistes, ceux qui croient pouvoir trouver une fierté et affirmer une identité dans l’intégrisme religieux et la défense du traditionalisme, et ceux qui aspirent au contraire, même les plus pieux, à un aggiornamento de l’Islam, à l’égalité des hommes et des femmes et à la sécularisation de l’Etat. Même lorsqu’elle ne va pas jusqu’à la guerre civile, cette bataille est féroce et le voile, ce symbole, en est l’un des premiers enjeux. Les femmes, les modernes, les démocrates se battent contre lui. Les islamistes, eux, font tout pour l’imposer. A le tolérer dans les écoles françaises, à ne pas l’y interdire, par la loi puisqu’il le faut, nous aurions tout simplement donné des armes aux islamistes (« Vous voyez ! Même en France ! ») et trahi tous ceux qui se battent contre eux au nom d’exigences et d’idéaux qui nous sont communs.

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