Le décor est maintenant en place. Russie unie, le parti du Kremlin, celui que Vladimir Poutine vient de conduire à une écrasante victoire parlementaire, a officiellement désigné, hier, son candidat à la présidentielle de mars prochain. Ainsi adoubé, Dmitri Anatolievitch Medvedev, juriste, ombre et bras droit du Président sortant, actuellement premier vice-Premier ministre et président de Gazprom, le géant gazier dont le pays tire une grande part de sa puissance, sera donc élu troisième Président de la Fédération de Russie et qui mettra-t-il à la tête du gouvernement ? Vladimir Poutine, bien sûr, son mentor, l’homme qui a fait sa carrière et qui l’aura installé au Kremlin mais qui ne pouvait pas se représenter car la Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs. Suivant à la lettre le scénario qu’il avait lui-même écrit, Vladimir Poutine a accepté ce futur poste que son futur successeur lui a proposé devant le congrès de Russie Unie. Le congrès a frénétiquement applaudi et, l’élection présidentielle n’étant plus qu’une formalité, on peut d’ores et déjà s’habituer à parler du Président sortant comme du Premier ministre russe. Le décor est en place mais tout le problème est maintenant de savoir comment pourra fonctionner ce tandem car, quelle que soit la loyauté de Dmitri Medvedev vis-à-vis de son parrain, quels que soient, également, les moyens que Vladimir Poutine a de le tenir dans un système où les dossiers sont soigneusement nourris, il y a une logique et une pesanteur de la fonction qui vont bien au-delà de tous les accords et répartitions de rôles. Non seulement c’est au Président que la Constitution donne la réalité du pouvoir et pas au Premier ministre qui n’est qu’un exécutant mais, en Russie, le pouvoir, c’est le Kremlin, cette ville dans la ville, cette citadelle dominant la Moskva, qui fut le Louvre des tsars, de Staline, de ses successeurs et, aujourd’hui, de Vladimir Poutine. On dit « le Kremlin » pour désigner le pouvoir comme « la Maison Blanche » aux Etats-Unis ou « l’Elysée » en France. C’est là que les hôtes étrangers sont reçus et quand la télévision parle des décisions prises, c’est toujours avec en fond l’image des célèbres murailles. Peut-on donc imaginer que ce faux semblant tienne quatre ans, jusqu’à ce que Vladimir Poutine se représente en 2012 ? Peut-être. Peut-on verra-t-on, comme le dit un analyste politique russe, Vladimir Poutine décider en Richelieu tandis que Dmitri Medvedev signerait en Louis XIII mais il y a deux autres hypothèses à ne pas écarter. La première serait que Dmitri Medvedev prenne goût à sa fonction et que ce jeune homme de 42 ans veuille vraiment devenir Président. La bataille serait alors de taille, spectaculaire car tout le monde a des dossiers sur tout le monde à Moscou. Quant à la seconde hypothèse, elle serait que Dmitri Medvedev démissionne sous 18 à 20 mois et laisse Vladimir Poutine se représenter, pour deux nouveaux mandats consécutifs. On ne sait pas.

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