Il y a trente ans exactement, le monde amorçait, à Pékin, le tournant qui l’a redessiné. Le 18 décembre 1978, le Parti communiste chinois sortait du tout collectif en autorisant la création de petites fermes privées, de dimension familiale, comme la Pologne en connaissait déjà. Cela n’avait pas fait grand bruit. On croyait encore, il y a trente ans, qu’on ne revenait pas du communisme mais Deng Xiaoping, le petit homme qui dirigeait alors la Chine savait où il voulait aller avec ce premier pas. On l’entendit bientôt dire qu’il fallait « apprendre à gérer l’économie avec des outils économiques », prôner un « socialisme de marché », et quelques années plus tard, tandis que Mikhaïl Gorbatchev lançait sa « perestroïka », la reconstruction qui allait emporter l’URSS, un monde effaré découvrait l’envol d’un géant, de cette nouvelle Chine dont la puissance économique est désormais incontournable. Non seulement la Chine compte aujourd’hui parmi les trois plus grandes puissances de la planète, avec l’Union européenne et les Etats-Unis, mais son essor symbolise par excellence le bouleversement historique que nous vivons – l’émergence de nouveaux pays sur la scène internationale et la fin de la suprématie occidentale dans les affaires du monde. En ce début de siècle, l’Occident ne peut plus décider seul, contrairement à ce qu’il faisait depuis l’éclipse de l’Islam et la Renaissance européenne, il y a quelques cinq cents ans. C’est la donnée de base d’un nouveau temps mais, trente ans après son réveil, la Chine annonce peut-être de nouveaux changements internationaux. Totalement dépendante de ses exportations vers les Etats-Unis et l’Europe, la Chine voit son taux de croissance reculer de mois en mois sous l’effet de la récession mondiale et du resserrement de la demande occidentale. Elle va devoir gérer un chômage de masse et le retour vers les campagnes de millions d'ouvriers licenciés par les usines de la zone côtière. La Chine va devoir faire face à un mécontentement social d’ampleur alors qu’elle n’a ni syndicats libres ni possibilité d’alternance démocratique pour le canaliser. On voit là l’immense faiblesse de ce pays devenu capitaliste mais resté communiste par sa totale absence de libertés et le problème est le même dans deux autres puissances émergentes, l’Iran et la Russie, tous deux frappés de plein fouet par l’écroulement des cours pétroliers. Il y a comme une panique politique à Moscou où le Kremlin ne sait pas comment affronter une crise économique toujours plus violente. Il y a comme un éclatement du régime théocratique à Téhéran où les mollahs se divisent sur les mesures à prendre, ouverture ou fermeture face à l’envolée des prix, et l’on commence à voir qu’il y a deux sortes de pays émergents. Il y a les dictatures comme la Chine, beaucoup plus fragiles qu’on ne le disait, et les démocraties, comme l’Inde ou le Brésil, beaucoup plus solides qu’on ne le réalisait car elles n’ont pas que l’essor économique, par définition cyclique, mais également des institutions politiques stables. Il y a des pays plus émergents que d’autres.

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