L’Algérie fascine la France et réciproquement. Dès les Accords d’Evian qui avaient consacré l’indépendance algérienne et dont c’est le cinquantième anniversaire cette année, le général De Gaulle avait voulu tout faire pour préserver les liens avec ce pays dont il disait – phrase magnifique – qu’il « resterait français comme la Gaule était restée romaine ».

Avec plus ou moins de succès, plutôt moins que plus car les plaies demeuraient ouvertes, tous ses successeurs avaient eu cette ambition à cœur mais elle est par excellence celle de François Hollande et pas seulement parce qu’il a un lien particulier avec cette Algérie qui l’attend demain pour une visite de deux jours que la diplomatie français a intensément préparée.

Comme pour beaucoup de Français de sa génération, l’Algérie a été la première formation politique du président de la République. Encore enfant, il avait souhaité son indépendance. La honte de la torture érigée en arme de guerre l’avait profondément marqué. Tout cela compte et beaucoup mais, pour l’homme d’Etat qu’est aujourd’hui François Hollande, l’Algérie est un pays quatre fois grand comme la France qui compte au Maghreb et au Proche-Orient, un pays dont les espaces désertiques pourraient devenir un réservoir d’énergie solaire et dont le sous-sol regorge de gaz et de pétrole, un pays plus francophone que jamais avec lequel la France a une culture et d’innombrables binationaux en partage, un pays qui est notre cousin, un temps éloigné mais toujours proche, et avec lequel nous pourrions faire de grandes choses, profitables à tous.

Quant François Hollande regarde l’Algérie il y voit un débouché pour l’industrie française et un fournisseur d’énergie mais également, et plus encore, le pays par excellence où pourrait se nouer une coopération franco-maghrébine porteuse d’une coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Ce grand rêve de l’organisation d’une complémentarité économique entre le Nord et le Sud méditerranéens qu’avait déjà conçu Nicolas Sarkozy sans savoir le faire progresser, c’est cela qui anime François Hollande. C’est ce rêve qui a forgé ce mot de « colocalisation » qu’on entend tant à l’Elysée pour désigner des délocalisations qui ne seraient plus porteuses de désindustrialisation mais, au contraire, de ré-industrialisation par l’organisation d’un développement commun, par la création d’un espace de production et d’échanges comme l’Allemagne a su en créer un depuis vingt ans avec l’Europe centrale.

Cela ne se fera pas plus en un jour qu’à coup sûr mais tout est là pour que cela puisse réussir, la langue, le passé, l’empreinte réciproque, mais aussi le désir de la génération algérienne d’après-guerre, de la majorité de ce pays, frappée par un chômage de masse et pour laquelle la guerre appartient à la préhistoire alors que l’avenir est forcément, évidemment commun. Restée française comme la Gaule est restée romaine, l’Algérie indépendante vit tellement en symbiose avec la France qu’au printemps dernier, quand les Français élisaient leur président et les Algériens leurs députés, c’est la campagne française qu’Alger suivait, et de loin, avec le plus de passion. Une page est à définitivement tourner ; une autre est à ouvrir. C’est tout l’enjeu de cette visite et il est simplement capital.

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