Et donc le retrait des moyens militaires français, le tout pour fin février. C'est à dire demain ! D'abord, ça n'a rien de nouveau : le président Macron avait déjà évoqué cette date le 10 décembre dernier.

Ensuite, ce retrait vient après celui annoncé du gros des troupes russes et de la « guerre » contre Daech remportée par l'armée irakienne annoncée la semaine dernière par le premier ministre irakien.

La France, comme tous les autres acteurs de la région se prépare donc pour la suite, à savoir la paix et la reconstruction de la Syrie. Et c'est sur cette question que les réponses d'Emmanuel Macron sont intéressantes parce qu'elles partent de la réalité.

Quelle est la réalité ? La réalité, c'est qu'il y a 2 vainqueurs en Syrie : l'Iran et son allié libanais le Hezbollah, d'une part, et la Russie, d'autre part. Les Etats-Unis qui ont tant dépensé et tant investi pour défaire Daech, en Syrie comme en Irak, sont hors-jeu.

Bashar el Assad aussi a remporté cette guerre

Effectivement, le simple fait qu'il soit encore au pouvoir et en mesure de négocier 6 ans et demi après le début de cette guerre civile montre d'ailleurs l'étendue de la victoire de ses alliés irano-russes. Mais justement, revenons à ce que dit Emmanuel Macron :

On l'a compris, les cartes syriennes ne sont plus entre les mains des Occidentaux. C'est l'Iran et la Russie qui distribuent le jeu. Emmanuel Macron explique donc que c'est avec eux qu'il faut discuter de l'avenir de la Syrie. Alors comment fait-il pour se rendre utile ?

Eh bien, il explique que la France – bien plus que les Etats-Unis - est le pays riche et occidental indispensable dans la région. Et pour appuyer sa démonstration, il met en avant 1/ la défense des minorités dont les fameux Chrétiens d'orient et 2/ le Liban.

Il a hier rappelé combien le Liban multi-religieux pouvait servir de matrice à une solution syrienne. Ca tombe bien, le Liban est une vieille création française. De plus, c'est la plus récente réussite diplomatique élyséenne, avec l'exfiltration de Saad Hariri.

Sauf qu'il va falloir que la France discute tout de même avec Bashar el Assad

Oui : c'est ce que laisse entendre Emmanuel Macron lorsqu'il explique que Bashar el Assad est d'abord l'ennemi du peuple syrien. Il ajoute par ailleurs qu'il discutera avec les vainqueurs – donc Russes et Iraniens – sans mentionner le président syrien.

Le message est le suivant : si les Iraniens et les Russes veulent un bon accord, ils l'obtiendraient plus aisément en se débarrassant de cet encombrant bourreau. Ca mettrait les Occidentaux de bonne humeur et leur permettrait de sauver la face.

La question est donc de savoir si Moscou et Téhéran ont vraiment envie ou besoin de faire cette fleur diplomatique à Paris. Moi je parie l'inverse : ils soutiendront mordicus Bashar el Assad, histoire de bien montrer qui l'a emporté.

C'est pour cette raison, et parce qu'Emmanuel Macron fait de la politique étrangère avec la réalité et pas avec une interprétation de la réalité – c'est de la Real Politic – qu'il se ménage la possibilité à terme de signer avec un Bashar el Assad au pouvoir à Damas.

  

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