Une loi sur la nationalité qui exclut des musulmans a suscité une vague de protestations en Inde, en particulier dans les universités. Le premier ministre Narendra Modi, un nationaliste hindou, est accusé de discriminations.

Nouveaux affrontements, mardi 17 décembre à New Delhi, entre manifestants protestant contre la loi sur la nationalité, et la police.
Nouveaux affrontements, mardi 17 décembre à New Delhi, entre manifestants protestant contre la loi sur la nationalité, et la police. © AFP / Money SHARMA / AFP

L’Inde, c’est bien connu, est la plus grande démocratie au monde. Mais de plus en plus, il va falloir y ajouter l’adjectif « illibérale », comme tant d’autres pays qui continuent à recourir à l’apparence d’un fonctionnement démocratique, mais avec de sérieuses entorses à ses valeurs.

Le premier ministre Narendra Modi, un nationaliste hindou confortablement réélu cette année, a mis le feu à une partie de son pays avec une loi discriminante sur la nationalité. Cette loi adoptée le 11 décembre accorde la nationalité indienne à toutes les personnes qui ont fui les pays voisins en raison de persécutions religieuses ; toutes - sauf les musulmans.

C’est cette exclusion des musulmans qui a suscité la colère, car elle est en contradiction avec la constitution du pays, qui remonte aux pères fondateurs en 1949, et qui est laïque et égalitaire. Les détracteurs de la loi estiment qu’elle transforme les musulmans en citoyens de seconde catégorie.

La question est évidemment explosive dans un pays qui a connu à sa naissance la partition dans la douleur avec le Pakistan musulman, mais continue de compter plus de 200 millions de citoyens se réclamant de l’islam.

Narendra Modi, le premier ministre, est issu d’un groupe nationaliste hindou qui assimile la nation indienne à la majorité hindoue du pays. Lorsqu’il était à la tête de l’État du Gujarat, au début des années 2000, sa province fut le théâtre des pires violences anti-musulmans depuis la partition de 1947.

Tout en affichant une modération de façade, il poursuit un agenda fidèle au mouvement qui a permis son ascension, au nom du nationalisme hindou.

Il ne s’attendait sans doute pas aux très vives réactions à cette loi. Des manifestations dans plusieurs grandes villes, et depuis le début de la semaine, les universités en ébullition après des incidents très violents à Delhi. La jeunesse, là-encore, en première ligne contre l’injustice.

La polarisation du pays est extrême, à l’image de la célèbre romancière Arundathi Roy, activiste de tous les combats, qui est allée jusqu'à comparer la loi indienne à celles des nazis à Nuremberg.

L’Inde n’est pas la seule dans cette situation en Asie, on pense immédiatement au Myanmar, la Birmanie, où un courant bouddhiste a créé les conditions de la persécution des musulmans Rohingya. La dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi, triste prix Nobel de la paix attribué lorsqu’elle résistait à la dictature, se trouvait récemment à La Haye pour défendre son pays face aux accusations de génocide.

Mais ces crispations identitaires autour de la religion touchent d’autres pays, comme le Sri Lanka et son histoire violente, ou encore le Bangladesh et le Pakistan musulmans, régulièrement en proie à l’intolérance intégriste ; et maintenant la Chine qui tente d’éradiquer la culture islamique en « rééduquant » sa population ouigoure dans de vastes camps de détention.

Mais l’Inde aurait dû donner l’exemple au lieu d’adopter cette politique d’exclusion. Narendra Modi a pris le risque de rouvrir, dans son pays, les portes de la haine.

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