Quand on doit se rapprocher, on en trouve les moyens. Sous peine d’aggraver leurs divisions, les Quinze devaient parvenir, hier, à Bruxelles, à produire une déclaration commune sur l’Irak et ils y sont donc arrivés. Elle existe. Elle sonne bien mais ne rapproche pas les points de vue. Elles les accole, comme dans un montage, un morceau des thèses anglaises, un morceau des françaises, tout cela dans un seul et même feuillet.. « La guerre n’est pas inévitable. La force ne doit être utilisée qu’en dernier recours », lit-on d’un côté. « Les inspections ne peuvent indéfiniment continuer », lit-on de l’autre. Comprenne qui pourra car que signifie « dernier recours » ? Que veut dire « indéfiniment » surtout lorsqu’on ajoute que « les inspecteurs doivent obtenir « le temps et les ressources » que le Conseil de sécurité jugera nécessaires ? Question d’appréciation car, au-delà des mots qui unissent, la réalité qui divise est qu’il y a deux positions en présence. Soutenus par la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Italie qui ne veulent pas se séparer d’eux, les Etats-Unis estiment, d’un côté, qu’il faut renverser Saddam Hussein pour se débarrasser d’un homme prêt aux replis tactiques mais pas stratégiques et rebâtir ainsi le Proche-Orient. De l’autre, la France, l’Allemagne, la Belgique, la Chine, la Russie, toute l’opinion européenne et la plupart des pays du monde estiment, au contraire, qu’il ne faut pas faire cette guerre car Saddam, surveillé comme il est, n’est plus une menace et qu’une intervention militaire pourrait, en quelques années, jeter cette région dans le chaos. C’est blanc d’un côté, noir de l’autre, alors pourquoi faire semblant ? Pour trois raisons. La première est que les Européens ont tous peur de laisser s’embourber l’Union car tous savent qu’ils seraient les premières victimes de son échec. La deuxième raison de leur volonté d’afficher un langage commun est qu’ils sont réellement d’accord sur deux choses, la nécessité de neutraliser Saddam Hussein et celle de préserver l’Onu comme instrument de stabilité et de concertation internationales. C’est sur ces deux points que la déclaration européenne est la plus claire, nette, sans ambiguïté. Là, cette déclaration ne sonne pas seulement bien mais juste et vrai et la troisième raison de cet effort de rapprochement est que chacun des deux camps européens compte toujours amener l’autre sur ses positions. La Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Italie espèrent encore que, faute d’une rapide reddition de Saddam, Français et Allemands finiront par donner leur feu vert à la guerre. Français et Allemands espèrent, eux, que, devant l’impopularité de cette guerre, leurs trois partenaires tenteront de freiner Georges Bush, se hâteront lentement, donneront du « temps à la volonté » comme dit Dominique de Villepin. Les calculs sont contraires mais, les uns ne voulant pas passer pour bellicistes, les autres pour pacifistes, un rapprochement verbal s’imposait. Il est fragile, extrêmement fragile car, pour leur part, les Etats-Unis n’attendront plus longtemps.

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