Cette joie, cette fierté, cette communion de tout un peuple dans le bonheur d’une indépendance tant souhaitée depuis si longtemps étaient belles et émouvantes. Si quiconque avait pu douter du désir des 90% d’Albanais qui peuplent le Kosovo de se séparer de la Serbie pour former leur propre Etat, les rues de Pristina, ces drapeaux, ces rires, ces embrassades disaient tout. Cette indépendance, ils la voulaient de tout leur être. Ils l’ont proclamée hier. Elle sera incessamment reconnue par de nombreux Etats dont les Etats-Unis et 21 des pays membres de l’Union européenne mais, au-delà de la sympathie qu’elle suscite, faut-il vraiment s’en féliciter ? La réponse est beaucoup moins évidente. Le problème, car problèmes il y a, est que cette indépendance foule aux pieds le droit international qui garantit à tout Etat membre de l’Onu, la Serbie en l’occurrence, le respect de ses frontières et de son intégrité territoriale. Dans la défunte Fédération de Yougoslavie, le Kosovo n’était pas une République constituante, disposant du droit de se retirer de la Fédération. Avec des statuts variables selon les périodes, il était partie intégrante de la République serbe et sa sécession est à ce titre illégale. C’est si vrai que personne ne conteste ce point mais il y a "le droit et la réalité, disent les pays, dont la France, qui reconnaîtront, pourtant, ce nouvel Etat, plus petit que l’Ile de France. Bien réelle, cette réalité est non seulement que 90% des habitants de cette province voulaient se séparer de la Serbie mais aussi que l’Alliance atlantique en était venue à bombarder Belgrade, en 1999, pour les protéger de la répression serbe et qu’elle ne se voyait pas les réprimer à son tour pour les forcer à rester serbes, même dans une complète autonomie. Cas de force majeure dit-on dans les capitales occidentales où l’on ajoute aussi, mais à voix basse, que la Serbie, après tout, a perdu la guerre et que toute défaite a son prix. Oui, tout cela est vrai, mais on ne viole pas impunément le droit international dans un monde qui en a tant besoin et l’on crée là, surtout – deuxième problème – un précédent incroyablement dangereux. Tous les peuples, provinces ou minorités qui aspirent à l’indépendance sur les cinq continents vont désormais pouvoir se réclamer de l’exemple kosovar. La Russie pourra le brandir pour soutenir, lorsqu’elle y verra son intérêt, les aspirations sécessionnistes des régions ou républiques autonomes des Etats sortis de l’URSS. Dans les Balkans, les Serbes de Bosnie, les Albanais de Macédoine, les 10% de Serbes kosovars pourront légitimement réclamer le droit reconnu aux Albanais du Kosovo. Dans l’Union européenne, enfin, les Catalans, les Basques, les Chypriotes turcs, les Flamands ou les Hongrois de Slovaquie pourraient, demain, s'en prévaloir – raison pour laquelle ni l’Espagne, ni la Slovaquie, ni Chypre, ni la Grèce ne reconnaîtront le Kosovo. Et ce n’est pas tout. La Russie soutenant la Serbie dans le refus de cette indépendance, elle aura maintenant tous les moyens de peser lourd et longtemps dans ces Balkans dont le destin est d’intégrer, un jour, l’Union européenne.

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