« De premiers pas », a dit un Barack Obama soucieux de ne pas susciter trop d’espoirs. « Je ne vais pas prétendre que ce jour marque la fin de nos problèmes économiques, a-t-il déclaré hier en signant un plan de relance de 787 milliards de dollars, mais ce jour, a-t-il ajouté, marque le début de la fin – le début de ce que nous devons faire pour créer des emplois, soulager des familles inquiètes, le début, les premiers pas nécessaires, s’est-il repris, pour replacer notre économie sur des fondations plus solides ». Spectaculaire par son ampleur, combinant baisses d’impôts, investissements dans les infrastructures et aides aux Etats qui, comme la Californie, dansent avec la faillite, ce plan était évidemment nécessaire mais la prudence de Barack Obama ne s’explique que trop bien. Seconde économie du monde, autrefois tant chanté pour la rapidité à laquelle il avait su se reconstruire après-guerre, le Japon va très mal. Au dernier trimestre 2008, son produit intérieur brut a reculé de 3,3% par rapport aux trois mois précédents et de près de 13% par rapport au dernier trimestre 2007. « C’est la pire crise depuis la fin de la guerre », estime le ministre du Budget aux yeux duquel l’économie de son pays est « littéralement ravagée », tellement en tout cas que le gouvernement nippon en est à envisager un troisième plan de relance après avoir déjà mobilisé, depuis octobre, l’équivalent de 426 milliards d’euros. En Russie, la situation n’est guère meilleure. La production industrielle y a chuté de 20% en janvier. Le rouble a perdu un tiers de sa valeur. La Russie est frappée de plein fouet par la dégringolade des cours du pétrole, sa première richesse, et les manifestations contre la baisse du niveau de vie y sont devenues, depuis janvier, un rituel du week-end. Et puis il y a la Chine. Là-bas, le faillites se sont tant multipliées qu’un haut responsable déclarait, hier, que le yuan pourrait encore « s’affaiblir » – autrement dit, être dévalué pour soutenir les exportations chinoises ce qui provoquerait immanquablement une poussée des pressions protectionnistes aux Etats-Unis et menacerait encore plus l’économie mondiale. Par comparaison, l’Europe paraîtrait presque à l’abri de la tourmente mais, non. Le chômage y est reparti à la hausse et le fait est que le monde, le monde entier, va mal. Non seulement ça va mal mais les mesures qui devraient être prises ne le sont pas, ou tardent à l’être. Patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn le constatait, hier, sur France Inter : les banques restent fragiles car elles n’ont été ni restructurées ni débarrassées de leurs créances toxiques ; la réforme du fonctionnement des marchés ne s’attaquera pas vraiment aux paradis fiscaux car ces trous noirs de la finance mondiale sont bien trop utile à bien trop de gens bien trop puissants ; l’Europe, enfin – et ce n’est pas le moins grave – persiste encore dans sa fatale hésitation à harmoniser ses plans de relance et ses politiques économiques et industrielles par crainte d’un pas trop décisif vers l’Europe politique. La France y pousse. Elle commence à être entendue mais d’une oreille seulement, pas des deux.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.