Il faudra plus de dix milliards d’euros pour reconstruire Haïti.La France ne peut bien évidemment pas mettre une telle somme sur la table. En ces temps de déficits budgétaires, de chômage et de besoins d’investissements pour relancer la croissance, elle ne peut pas en mettre la moitié, pas le tiers, pas même le cinquième. Ce n’est pas plus du tiers du dixième de cette somme, 325 millions d’aides additionnées, que Nicolas Sarkozy a donc promis à Haïti en y arrivant hier et, si importante que soit cette enveloppe, elle n’est pas à la hauteur de la relation que la France entretient avec ce pays. Haïti est un pays francophone dont les écrivains comptent parmi les meilleurs de langue française. Ancienne colonie française, Haïti a longtemps été saignée à blanc par la France – « surexploitée », a dit Nicolas Sarkozy dans ce qui n’était pas loin d’une excuse. Haïti est un atout de la France en Amérique mais parce que les Etats-Unis sont plus riches et plus proches, parce qu’ils sont les plus gros donateurs, qu’ils ont immédiatement pris ce pays en mains aux lendemains du tremblement de terre et que Barack Obama veut en faire un exemple de « leadership positif », c’est eux qui en piloteront la reconstruction sous l’autorité d’un de leurs anciens présidents, Bill Clinton, auquel la Maison-Blanche a confié cette tâche. La tragédie que vit ce pays risque, en un mot, d’achever de le placer dans l’orbite américaine. Il y a, là, comme une dynamique irréversible contre laquelle Nicolas Sarkozy avait peu de cartes à jouer, presque aussi peu nombreuses que les heures qu’il a consacrées à cette visite, à peine plus de quatre. Premier chef d’Etat français à se rendre en Haïti, il a également été le premier à reconnaître la sauvagerie de la colonisation. Il n’est pas arrivé les mains vides puisque l’aide de l’ensemble de l’Union européenne, France comprise, ne représentera pas même le double de celle qu’apportera la France à elle seule. En plus de cette aide, Nicolas Sarkozy a promis l’assistance technique de dix hauts fonctionnaires français au gouvernement d’Haïti, la formation d’une centaine de ses fonctionnaires dans les grandes écoles françaises et 700 places supplémentaires dans les universités des Antilles et de Guyane pour les étudiants haïtiens. Le président de la République veut assurer par là la pérennité de l’influence française dans l’élite et la haute administration du pays mais la principale carte dont il a joué était politique. Sur tous les tons, Nicolas Sarkozy n’a cessé, hier, de dire à ses hôtes qu’Haïti, « c’est pour les Haïtiens », que « c’est aux Haïtiens de définir un véritable projet national et de le conduire » et que la France « ne voulait pas de tutelle internationale sur Haïti ». Les Haïtiens l’en ont applaudi. A défaut de pouvoir organiser cette tutelle, la France s’en démarque. Elle la dénonce avant même qu’Haïti ne s’en irrite. C’est politiquement habile. C’est, peut-être, un placement d’avenir mais, outre que cela ne changera rien à la réalité des choses, le fait est que cette tutelle, ce pays en a besoin car il n’a pas les moyens de planifier seul sa reconstruction.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.