C’est petit Bahreïn, tout petit et même minuscule. Avec ses 678 km2 et ses 600 000 habitants, ce royaume insulaire est le plus petit des Etats de la péninsule arabique mais il est désormais l’un des plus gros enjeux du printemps arabe. Ce n’est pas que ses réserves pétrolières soient mirifiques. Elles sont, au contraire, quasiment épuisées. Bahreïn ne pèse guère dans l’économie mondiale mais sa population est très majoritairement chiite alors que sa monarchie est sunnite. Entre le trône et le peuple il n’y a pas que l’habituel écart de richesse et la puissance d’une famille royale appuyée par l’armée mais aussi le choc des deux religions de l’islam qui aggrave le problème social et politique. Les manifestants veulent plus démocratie pour que cessent les discriminations dont les chiites estiment être l’objet. La monarchie ne peut guère accorder plus de libertés à son peuple sans risquer de se faire dire bientôt qu’elle n’a pas de légitimité. Le bras de fer qui s’est engagé depuis hier sur ce territoire menace ainsi l’équilibre régional entre les frères ennemis de l’islam alors même que le renversement de Saddam Hussein par les Etats-Unis a déjà donné les commandes de l’Irak à sa majorité chiite. Si les manifestants de Bahreïn l’emportaient, les autres Etats de la péninsule, tous majoritairement sunnites, risqueraient d’avoir à faire face aux revendications de leurs minorités chiites. Ce pourrait notamment être le cas en Arabe saoudite où les chiites minoritaires dans le pays sont dominants dans ses régions pétrolières. Bahreïn est soudain devenu un cauchemar pour les monarchies limitrophes et deuxième problème, le souffle de la liberté menace maintenant d'atteindre leur péninsule. Au-delà même de la question chiite, les monarchies craignent que la contagion démocratique ne frappe leurs classes moyennes et leurs diplômés chômeurs, elles s’inquiètent et ont si peur que leurs ministres des Affaires étrangères ont tenu hier une réunion extraordinaire à Manama, la capitale de Bahreïn, pour apporter leur « total soutien » à la monarchie et ajouter, mots importants : « Notre sécurité est une responsabilité collective et il n’est pas question d’accepter les ingérences étrangères ». Ils n’ont pas précisé lesquelles mais cet avertissement ne visait pas que l’Iran chiite qui a appelé le pouvoir bahreïni à « tenir compte des demandes de la population » alors même que des poursuites judiciaires vont être ouvertes à Téhéran contre les responsables de l’opposition. Par leur déclaration, troisième problème, les monarchies viennent de prier les Etats-Unis de les laisser régler cette crise dont Washington s’inquiète tant que Barack Obama s’est déclaré « opposé à l’usage de la violence par le gouvernement de Bahreïn ». A la plus grande fureur des monarchies, les Américains se sont de fait rangés aux côtés des manifestants, comme au Caire, car ils ne veulent pas que l’Iran puisse faire une OPA sur ce soulèvement alors que Bahreïn abrite le siège de leur V° flotte et que leurs bâtiments en mission dans le Golfe y ont leur port d’attache. Bahreïn est devenu l’épicentre d’un imbroglio régional qui ne cesse de se développer.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.