Washington et Moscou ont désormais une position commune sur la Syrie. A l’issue d’un long entretien téléphonique, les chefs de leurs diplomaties ont fait savoir hier qu’ils « étaient convenus de la nécessité que les Etats-Unis et la Russie usent de leur influence respective sur les parties pour promouvoir un processus de transition politique viable ». La phrase aurait pu être plus courte mais chacun de ses mots comptent. On y lit, d’abord, que Washington reconnaît maintenant que la Russie conserve une influence en Syrie grâce à ses liens avec le régime en place, qu’elle est donc un acteur de cette crise et doit jouer un rôle dans la recherche d’une solution. C’est une « nécessité », est-il dit alors que, jusqu’à présent, les Etats-Unis s’étaient contentés d’appeler le Kremlin à rompre avec son soutien à Bachar al-Assad, à se rallier, autrement dit, à la position des pays arabes et occidentaux aux yeux desquels le président syrien devait démissionner, s’exiler et laisser les Syriens reconstruire leur pays.

Le ton n’est plus le même. La Russie redevient aujourd’hui une grande puissance, indispensable, incontournable et traitée comme telle par les Etats-Unis, mais – donnant-donnant – elle vient d’admettre, de son côté, que l’objectif était de tourner la page de la dictature car, si « transition politique » il doit y avoir, ce n’est évidemment pas vers le maintien du statu quo. Les concessions sont réciproques et de taille. C’est une très bonne nouvelle car elle permet d’espérer qu’on puisse progresser sur la voie d’un règlement après 23 mois d’atroces tueries mais, question, cet espoir a-t-il vraiment des chances de se concrétiser ? Ce n’est pas totalement impossible pour trois raisons. La première est que ni l’insurrection ni le pouvoir n’arrivent plus à marquer de vrais points puisque l’une ne parvient plus à libérer de nouveaux territoires et, notamment pas Damas, tandis que l’autre est incapable de reprendre l’avantage dans quelque région que ce soit. Militairement parlant, c’est l’impasse. L’insurrection ne peut pas plus tabler sur une complète victoire que le pouvoir ne peut rêver de reprendre la situation en mains et l’on s’achemine ainsi vers l’heure des compromis et de la diplomatie. L’insurrection l’a si bien compris que, deuxième raison d’espérer, son chef de file, Ahmed Moaz al-Khatib, a proposé d’ouvrir des négociations avec des représentants du régime qui n’auraient pas directement pris part à la répression et que l’ensemble de l’opposition, après bien des hésitations, s’est ralliée jeudi à cette proposition. Or troisième raison d’espérer, non seulement la Russie mais également l’Iran, l’autre des deux seuls soutiens du pouvoir syrien, ont aussitôt applaudi cette offre de négociations qui est aussi soutenue par l’Onu, la Ligue arabe et les Occidentaux. Adversaires et alliés de Bachar al-Assad le pressent autrement dit de négocier la fin de son régime et c’est si vrai que Moscou s’apprête à recevoir, coup sur coup, le chef de la diplomatie syrienne et celui de l’opposition. Les lignes ont bougé mais le diable, bien sûr, est dans les détails et tout reste à faire.

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