Après avoir contrôlé un vaste « califat », Daech se bat ces jours-ci dans son dernier réduit dans l’est de la Syrie. Mais la fin de l’État islamique ne signifie pas le retour de la paix, loin de là.

Soldats de la force arabo-kurde qui combat la dernière enclave aux mains des djihadistes de Daech dans la région de Deir Ez Zor, dimanche 17 février 2019.
Soldats de la force arabo-kurde qui combat la dernière enclave aux mains des djihadistes de Daech dans la région de Deir Ez Zor, dimanche 17 février 2019. © AFP / Delil souleiman / AFP

Au sommet de sa puissance, l’État islamique, ou Daech, a contrôlé un territoire aussi grand que la Grande Bretagne, à cheval sur la Syrie et l’Irak. 

En ce moment même, quelques centaines de combattants de Daech se battent pour défendre le dernier petit bout de territoire, un demi kilomètre carré et environ 2000 civils, encore sous leur contrôle, dans la région de Deir Ez Zor, sur la rive orientale de l’Euphrate, en Syrie. 

Carte de Syrie
Carte de Syrie © AFP / AFP, Vincent LEFAI / AFP

La force arabo-kurde, aidée par les Américains et les Français, est sur le point de mettre fin à une page importante de cette guerre : la création d’un Califat sur le sol de deux États, avec une capitale, un drapeau, une économie, et un calife autoproclamé, Abou Bakr Al-Baghdadi. C’est dans ce territoire qu’ont été planifiées les attaques terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, et tant d’autres ; c’est là, aussi, qu’ont convergé des jeunes musulmans du monde entier, attirés par le mythe d’une renaissance, ou simplement l’aventure.

Cette page se referme, donc, mais ça n’est pas pour autant la fin de la confrontation avec les djihadistes, ni même la fin de la guerre de Syrie, et encore moins la paix dans ce Moyen-Orient si tourmenté.

Daech a perdu son territoire, mais n’a pas pour autant disparu. Des milliers d’hommes armés sont dans la nature, et reviennent à des méthodes plus classiques. En Irak, on relève des centaines d’actions de guerrilla depuis la reprise de Mossoul l’an dernier. Et la « marque » Daech s’exporte, en Asie ou en Afrique, à la recherche d’autres failles dans un monde musulman déstabilisé.

Pays martyr, la Syrie elle-même n’en a pas fini avec la guerre. Le front de l’Est n’est pas éteint que déjà, les regards se tournent vers l’enclave d’Idlib, dans le nord-ouest, où se trouvent des milliers de combattants, pour beaucoup djihadistes, survivants d’autres batailles. Il y a trois jours à Sotchi, la Russie, la Turquie et l’Iran se sont coordonnés pour, selon Vladimir Poutine, « détruire complètement le foyer terroriste » d’Idlib. Depuis des mois, une offensive est en préparation dans cette région qui compte aussi, ne l’oublions pas, trois millions de civils menacés.

Enfin, il y a le défi des prisonniers djihadistes et de leurs familles. Donald Trump a appelé l’Europe à récupérer ses quelque 800 ressortissants prisonniers de la coalition en Syrie, ce que la France a déjà décidé de faire. Mais à plus long terme, que faire de ces hommes, femmes et enfants perdus ?

Nous n’avons pas encore tiré les leçons de l’épisode Daech, et c’est sans doute ce qui est le plus inquiétant. Aucune des raçines de l’instabilité au Moyen-Orient n’est véritablement prise en compte ; ni les fractures confessionnelles en Irak, ni la recherche d’une sortie politique de la guerre en Syrie, ni le sort des Kurdes qui ont combattu Daech mais vont se retrouver lâchés face à la Turquie qui veut leur peau… 

Bref, on aurait tort de trop se réjouir de la défaite du Califat si rien n’est fait pour éviter Daech 2.0 ou tout nouvel avatar de ce mirage d’un djihad purificateur.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.