S’il faut des mesures fortes pour contrôler une épidémie dans un pays aussi peuplé, le pouvoir chinois s’oppose aux appels à plus de liberté d’expression qui ont suivi la mort du lanceur d’alerte de Wuhan.

Passants masqués dans une rue de Shanghai, lundi 17 février 2020, alors que la Chine combat toujours l’épidémie de coronavirus.
Passants masqués dans une rue de Shanghai, lundi 17 février 2020, alors que la Chine combat toujours l’épidémie de coronavirus. © AFP / Noel Celis / AFP

Depuis le début de l’épidémie de Coronavirus, les commentaires sur la gestion de la crise par le gouvernement chinois sont partagés : 

d’un côté, ceux qui admirent la capacité de Pékin à confiner des villes de plusieurs millions de personnes, à bâtir un hôpital en quelques jours, à mobiliser des volontaires comme aucun autre pays au monde ; 

et de l’autre, ceux qui y voient la main lourde de l’autoritarisme, dénoncent l’incurie initiale qui a permis au virus de se répandre, et la censure qui empêche les informations -et les critiques- de circuler.

Ce clivage reflète la nature de cette crise, qui, si elle est d’abord sanitaire dans le reste du monde, est aussi, en Chine, une affaire très politique. 

L’ampleur des réactions des internautes chinois à la mort du Dr Li Wenliang, le lanceur d’alerte de Wuhan réduit au silence en décembre, quand il n’y avait que quelques cas, montre à quel point le pouvoir chinois n’a pas le droit à l’erreur. Xi Jinping, le dirigeant suprême, est désormais le commandant en chef d’une véritable guerre au virus, et ce sont les cadres locaux qui payent le prix des erreurs initiales.

La quarantaine, le confinement, l’interdiction des rassemblements sont des techniques incontournables de gestion des épidémies, surtout s’agissant d’un pays aussi peuplé. Pour avoir vécu l’épreuve du Sras à Pékin en 2003, il est évident que les structures autoritaires du pouvoir chinois, le quadrillage des quartiers d’habitation, facilitent la mise en œuvre de telles mesures. Avec tous les risques d’arbitraire et de dérapages, comme on le voit aussi en Chine.

Le revers de la médaille autoritaire, c’est la conception verticale du pouvoir, qui produit des tragédies comme celle du Dr Li Wenliang, et se retrouve dans le tour de vis répressif en cours. Le pouvoir a été effrayé par l’ampleur des critiques autour de la figure du lanceur d’alerte martyr, et a resserré tous les contrôles.

Deux personnalités dérangeantes sont aujourd’hui réduites au silence en Chine, et leur sort montre que Pékin refuse la demande qui est apparue après la mort du médecin de Wuhan, de laisser plus de liberté d’expression.

Le premier est un vieux professeur d’université de Pékin, Xu Zhangrun, qui avait déjà perdu son poste d’enseignant l’an dernier pour avoir publié un essai dissonant. Il a récidivé après la mort du Dr Li, et a été placé en résidence surveillée.

Le second est un juriste dissident bien connu, Xu Zhiyong, à peine sorti de quatre ans en prison pour activisme citoyen, et qui a été arrêté de nouveau ce weekend à Canton. Son crime ? Avoir publié une lettre ouverte à Xi Jinping, l’appelant à démissionner en raison de ses erreurs. « Vous n’avez pas laissé sortir la vérité et l’épidémie est devenue un désastre national », écrivait-il.

Les vieux réflexes ont donc la vie dure, et Pékin n’est pas disposé à tirer les leçons de la tragédie de Wuhan en matière de transparence, un risque pour l’avenir : à méditer avant de vanter les prouesses de l’autoritarisme chinois dans la lutte contre l’épidémie.

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