Fort du soutien de presque tous les partis italiens, l’ex-Président de la BCE a présenté hier un programme de reconstruction de l’économie italienne, résolument pro-européen malgré la présence dans son gouvernement du souverainiste Salvini.

Mario Draghi à son arrivée, hier, au Parlement italien à Rome, où il a présenté son programme de gouvernement et reçu l’investiture du Sénat.
Mario Draghi à son arrivée, hier, au Parlement italien à Rome, où il a présenté son programme de gouvernement et reçu l’investiture du Sénat. © AFP / Alberto PIZZOLI / AFP

L’Italie, c’est bien connu, sert souvent de laboratoire politique de l’Europe ; cette fois encore, elle fait fort, avec le surprenant gouvernement de coalition dirigé par Mario Draghi. L’ancien Président de la Banque centrale européenne a endossé hier ses habits neufs d’homme providentiel en présentant son programme devant le Sénat à Rome.

Le laboratoire italien a tourné à plein régime ces dernières années, avec une première coalition inédite entre la Ligue d’extrême droite de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Luigi di Maio ; puis une seconde expérience entre les « 5 étoiles », à l’origine un mouvement antisystème, et le Parti démocrate, issu de la vieille classe politique.

Et enfin, aujourd’hui, une vaste coalition qui regroupe presque tous les grands partis, de la Ligue, à l’extrême droite, jusqu’au Parti démocrate, et même la petite formation de Matteo Renzi, qui avait fait tomber le précédent gouvernement. C’est la « magie Draghi » que d’avoir fait l’union nationale pour gérer la crise du covid et la reconstruction économique. Au passage, il a cassé tous les codes politiques.

Devant le Sénat, Mario Draghi a prononcé le discours le plus pro-européen qu’on ait entendu sur le continent depuis longtemps. « Sans l’Italie, il n’y a pas d’Europe », a-t-il dit ; ajoutant aussitôt : « Mais en dehors de l’Europe, il y a moins d’Italie. Il n’y a pas de souveraineté dans la solitude ». 

Il a également retrouvé ses accents d’ancien banquier central pour dire que « soutenir ce gouvernement, c’est partager l’irréversibilité du choix de l’euro ».

Or dans son gouvernement, il compte Matteo Salvini, souverainiste notoire, allié de Marine Le Pen en Italie, qui se range donc derrière le drapeau pro-européen de Mario Draghi.

La symbolique est forte, et mérite un détour par …Budapest. L’an dernier, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, pourfendeur de Bruxelles, analysait ainsi la situation de l’Europe. Pour l’emporter, disait-il, les idées eurosceptiques avaient besoin de deux succès : la réélection de Donald Trump, et la victoire de Matteo Salvini. Pour Trump, on sait déjà, et pour Salvini on voit où il en est. La prophétie d’Orban est donc mal en point.

Mario Draghi doit toutefois réussir une chose : la bonne gestion de la manne financière du plan de relance européen adopté l’été dernier. 

On se souvient que les pays dits « frugaux » avaient trainé des pieds avant d’accepter le plan à 750 milliards d’euros, constitué en partie de dette commune : le non-dit était qu’ils faisaient peu confiance aux pays du sud, en premier lieu l’Italie. Celle-ci a été durement touchée par la pandémie -100 000 morts et une récession de 8,9% en 2020- ; et elle sera la première bénéficiaire de l’enveloppe européenne.

Mario Draghi joue sa crédibilité et celle de l’Italie. Et à plus long terme, il l’a dit explicitement dans son discours hier, il veut faire gagner à l’Italie la place de troisième grand de l’Union européenne, au côté du couple franco-allemand.

Ca fait beaucoup de défis pour un seul homme, mais après le vote d’investiture triomphal qu’il a reçu hier soir, il a toutes les cartes en mains.

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