Il y a le rebond de la crise et la crise elle-même. Si la Côte d’Ivoire semble au bord d’un nouveau chaos, c’est que le Groupe de travail international mis en place pour tenter de ramener le calme dans ce pays a décidé de ne pas prolonger le mandat, venu à expiration, de l’Assemblée nationale ivoirienne. Cette décision a mis le feu aux poudres car cette Assemblée était dominée par les partisans du Président Gbagbo dont les pouvoirs venaient déjà d’être réduits par la mise en place, le mois dernier, sous médiation de l’Onu, d’un gouvernement d’union nationale chargé d’organiser une élection présidentielle en octobre prochain. Normalement, cette élection aurait dû avoir lieu en octobre dernier, à l’expiration du mandat de Laurent Gbagbo, mais la division de la Côte d’Ivoire rendant sa tenue impossible un compromis avait été trouvé. Le président restait en place pour douze mois encore afin de rassurer ses partisans et pour rassurer, à l’inverse, l’opposition qui contrôle la moitié nord du pays, un Premier ministre apolitique et neutre, Charles Konan Banni, assumait l’essentiel des responsabilités. Sur le papier, c’était parfait. Les Ivoiriens, l’Afrique, la France et l’Onu poussaient, il y a trois semaines, un soupir de soulagement mais pour que Charles Konan Banni puisse gouverner encore fallait-il que l’Assemblée nationale ne puisse pas lui mettre de bâtons dans les rues, que le mandat des parlementaires ne soit donc pas prolongé. La décision du Groupe de travail international était aussi logique que légitime mais, sitôt qu’elle a été annoncée, les partisans de Laurent Gbagbo ont senti que le Premier ministre pouvait s’imposer et ont, donc, renversé la table. Le quartier général de l’Onu à Abidjan s’est retrouvé assiégé. De « Jeunes patriotes » ont organisé un sit-in devant l’ambassade de France. La capitale est paralysée par la peur et le parti du Président demande maintenant le retrait des troupes françaises et onusiennes, instruments supposés d’une « recolonisation ». Si le processus de paix n’est pas mort, il est mal en point mais, au fond des choses, quel est le problème ? Il est que la Côte d’Ivoire, comme tant d’anciennes colonies, a des frontières découpées au gré du colonisateur qui, voulant diviser pour régner, a créé des territoires, devenus pays indépendants, qui divisent peuples et anciens royaumes et mêlent leurs différences, voire leurs antagonismes, dans des Etats artificiels. C’est la source d’innombrables tensions et guerres et, en Côte d’Ivoire, le problème est d’autant plus sérieux que la prospérité y a longtemps attiré d’innombrables travailleurs étrangers, notamment burkinabés, qui sont aujourd’hui rejetés maintenant que la chute des cours du cacao a mis l’économie à mal. Avec des finances nationales à plat, le problème est de savoir qui est ivoirien, ce qu’est la Côte d’Ivoire, et le pays est coupé en deux blocs depuis plus de trois ans, nord et sud, entre lesquels la France, d’abord seule puis épaulée par l’Onu, s’est interposée pour éviter un bain de sang. A cette heure, elle y est parvenue mais la question est désormais de savoir jusqu’à quand.

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