En Europe, Jean-Claude Juncker a le statut du sage. Premier ministre d’un pays, le Luxembourg, trop petit pour faire de l’ombre à quiconque et membre fondateur de l’Union, il est également au centre de son échiquier politique. Un pied à droite puisque démocrate-chrétien mais l’autre à gauche car très éloigné des visions libérales, il est l’arbitre écouté, l’habituel et solide pont, surtout, entre l’Allemagne et la France. C’est donc à ses côtés que Ségolène Royal est allé exposer, hier, la manière dont elle espère faire sortir l’Union de son impasse. Première idée de la candidate socialiste, « le peuple français doit être à nouveau saisi par référendum » ce qui signifie qu’il n’est pas question, dans son esprit, de faire adopter un nouveau texte autrement que par le suffrage universel. Deuxième idée, ce référendum devrait avoir lieu « en même temps » que les prochaines élections européennes de 2009, c’est-à-dire au terme exact du calendrier fixé par les dirigeants européens après les « non » français et néerlandais, lorsqu’ils avaient souhaité une esquisse de compromis ce semestre, sous présidence allemande, et l’adoption d’un nouveau texte sous présidence française, au second semestre 2008. Ségolène Royal prend à la fois en compte l’exigence des électeurs français et le consensus européen. Très bien, parfait, mais comment faire un « oui » d’un « non » ? « Les salariés de l’Europe n’auront le sentiment de ne pas être les laissés pour compte, a-t-elle répondu, que si l’Europe avance concrètement sur la lutte contre le chômage, grâce en particulier à un investissement massif dans la recherche, l’innovation et toutes les formations professionnelles ». La candidate veut, en un mot, que l’Europe affirme une ambition sociale claire, s’en donne les moyens et que soit ajouté au Traité à venir un « volet social prenant en considération les droits des travailleurs ». L’idée ne plaira pas à Londres, peut-être pas non plus à Varsovie, mais non seulement Jean-Claude Juncker l’a approuvée et développée mais c’est également celle d’Angela Merkel. Bien que ce ne soit pas déjà public, la chancelière voudrait que le 50 ième anniversaire du Traité de Rome, le 25 mars prochain, soit l’occasion d’adopter un texte rappelant ce qui rassemble l’Europe et fonde son unité, que le modèle social européen de concertation entre le Capital et le Travail y figure en bonne place et qu’il y ait là une base de relance d’un « Traité fondamental ». En pointillés, Ségolène Royal vient de s’inscrire dans cette démarche et si sa quatrième idée, « l’élargissement du statut de la Banque centrale européenne » afin qu’elle ait à prendre en compte la croissance et non plus seulement la maîtrise de l’inflation, a peu de chances d’être approuvée à Berlin, son insistance sur la nécessité d’affirmer un gouvernement économique de l’Europe rejoint, en revanche, les préoccupations de l’Allemagne. Ce voyage luxembourgeois avait sans doute plus d’importance que les déclarations d’ISF des candidats.

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