Le Président et le Corps diplomatique, les ambassadeurs accrédités en France, échangent aujourd’hui leurs vœux à l’Elysée. C’est un rite, d’ordinaire sans importance, mais cette année n’est pas ordinaire. Non seulement la France a un nouveau chef de l’Etat mais Nicolas Sarkozy donne autant le tournis aux capitales étrangères qu’aux Français. « Que veut-il ? Le sait-il ? », se demandent-elles. Est-on vraiment entré dans une ère de rupture avec la diplomatie gaullienne, avec cette singularité dans le camp occidental faite d’affirmation de l’indépendance française vis-à-vis des Etats-Unis, de liens étroits avec les pays arabes et la Russie, de présence tous azimuts sur la scène internationale – bref, avec cette grandeur française qui irrite autant qu’elle fascine à l’étranger ? Ou bien est-on, au contraire, à la veille d’une normalisation après quelques mois de tâtonnement, marqués par la flamme électorale d’un candidat qui voulait marquer sa différence sur tous les terrains ? Difficile à dire. Nicolas Sarkozy – « pur-sang fringant et fougueux qui devra accepter l’épreuve des rênes », dit le souverain saoudien – parle tant, se démultiplie tant, et personnellement, sur tous les fronts, qu’on ne sait pas encore où il va, fonçant dans le brouillard. Prenons l’Europe. Il a préparé sa relance en contribuant largement, très en amont de son élection, à la naissance du Traité faussement dit « simplifié ». Il en a gagné un prestige et une reconnaissance dans l’Union mais le fait est, en même temps, que la France n’a sans doute jamais été aussi isolée à Bruxelles qu’aujourd’hui parce que Nicolas Sarkozy crispe la Grande-Bretagne en lui disputant son statut de meilleur allié des Etats-Unis et en barrant la route à l’adhésion turque ; qu’il horripile l’Allemagne en tirant systématiquement la couverture à lui et en voulant constituer une Union euro-méditerranéenne dont Berlin se sent exclue et qu’il agace tout le monde en appelant à mettre la Banque centrale au pas et à former une gouvernance économique de la zone euro alors que ses propres comptes sont au violet. Prenons, maintenant les droits de l’Homme sur lesquels on allait voir ce qu’on allait voir. Eh bien on a vu. Les infirmières bulgares sont libres mais il a fallu payer leur libération de la visite à Paris du colonel Kadhafi. Ce n’était pas un prix trop élevé. Rien de scandaleux. Très bien au contraire, mais Nicolas Sarkozy n’a fait là que se soumettre à la dure loi internationale du donnant-donnant et des rapports de force et il n’est plus du tout question de faire la leçon à la Chine, à la Russie, à l’Arabie saoudite ou même à la Libye avec lesquelles ce qui compte, c’est les contrats, nullement déshonorants, nécessaires mais bien classiquement primordiaux. Reste une idée, pas vraiment nouvelle mais relancée : échanger avec les Etats-Unis le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan contre un feu vert américain à l’Europe de la Défense. C’est une très bonne idée mais on a pris tant d’avance sur le rapprochement avec Washington et si peu sur la promotion de la Défense européenne qu’on risque d’avoir beaucoup donné sans rien gagner. En diplomatie, la frénésie brouille les cartes.

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