C’est un débat qui n’est pas que franco-français. Lorsque Eric Besson et Martine Aubry relancent l’idée d’un droit de vote des immigrés aux élections locales, ils pensent, bien sûr, image, avantages et tactiques politiques. L’un veut se démarquer du Front national, dire que ce n’est pas à une présence étrangère qu’il s’oppose mais seulement à l’immigration clandestine. L’autre veut prendre la droite à ses contradictions – si vous pensez que c’est bien, pourquoi ne pas le faire, sans plus attendre ? C’est l’aspect national de ce débat mais, sur le fond, les questions qu’il pose concernent tous les pays développés, européens au premier chef. Au-delà des problèmes et malaises qu’elle suscite, qu’ils soient réels ou infondés, exagérés ou sous-estimés, l’immigration est un fait. Non seulement l’Europe est devenue terre d’immigration, comme les Etats-Unis ou l’Australie, mais ce phénomène s’amplifiera dans les décennies à venir parce que les Européens font de moins en moins d’enfants, qu’ils vieillissent, qu’il faudra bien des actifs pour payer leurs retraites, que le chômage de nos pays ne sera pas éternel, que nos industries auront, à nouveau, des besoins de main-d’œuvre comme elles en avaient eu pendant les Trente Glorieuses et que le travail attire inexorablement ceux qui en cherchent. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la force de l’immigration latino-américaine vers les Etats-Unis et la catastrophe économique que constituerait son tarissement mais comment canaliser ce mouvement ? Comment éviter, autrement dit, que les immigrés restent d’étranges étrangers, des parias s’installant dans un statut de « classes dangereuses », comme les riches disaient des pauvres il y a deux siècles ? On comprend bien l’idée du droit de vote aux élections locales qui n’est ni française ni nouvelle. Elle est d’intégrer les immigrés à la vie de la cité, d’entendre leurs besoins et de leur permettre de les faire entendre avant que leurs enfants ne croient plus qu’à la fureur comme moyen d’expression. Généreuse, cette idée est si loin d’être absurde que beaucoup y adhèrent, à droite comme à gauche, mais elle pourrait bien être profondément perverse. Petite ou grande, une ville n’est pas une association, de locataires ou de parents d’élèves. C’est le premier échelon de la vie démocratique, d’institutions dans lesquelles le droit de vote, comme à tout échelon, découle de la citoyenneté dont il est l’instrument. S’il s’agit – et c’est toute la question – d’intégrer les immigrés à leur nouvelle communauté nationale, française ou autre, quel sens y aurait-il à en faire de demi citoyens, niveau local mais pas national ? Quel sens y aurait-il à les installer dans un statut particulier, dérogatoire, totalement contraire à des institutions auxquelles il faut, au contraire, les familiariser ? Dès lors qu’un étranger vit et travaille dans un pays dont il observe les lois, il a vocation à en devenir citoyen, à en avoir tous les droits et devoirs. C’est cela qu’il faut viser et non pas multiplier les obstacles à la naturalisation tout en créant des droits attentatoires à l’égalité des citoyens, fondement de toute démocratie.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.