D’Europe, c’est avec horreur que nous regardons les turpitudes du monde extérieur. La torture qui s’y pratique dans tant de pays ne nous empêche pas vraiment de dormir, les assassinats de journalistes et d’opposants politiques ne nous font pas chaque jour descendre dans la rue mais ce quotidien de tant de peuples, et pas seulement de la Tunisie de Ben Ali, nous le réprouvons avec la certitude que cette barbarie nous est étrangère. Elle nous l’est en effet, elle nous l’est plus exactement devenue puisque ce sont des Européens qui avaient inventé, il n’y a pas si longtemps, les camps d’extermination et la terreur stalinienne, mais ces libertés et cet état de droit dont nous sommes si fiers de pouvoir nous targuer est-ce que nous les défendons vraiment chez nous alors même que nous nous indignons, à si juste titre, qu’ils soient violés ailleurs ? Au début de ce mois, l’un des 27 pays membres de l’Union européenne, la Hongrie, a adopté une loi abolissant, de fait, la liberté de la presse. Une commission gouvernementale peut désormais y ruiner à coup d’amendes un journal, une radio, une chaîne de télévision, un site internet ayant publié des articles dont l’impartialité est considérée discutable. C’est la liberté d’expression, cœur et garantie de toutes les libertés démocratiques, qui a été tranquillement niée à Budapest et qu’on fait les 26 autres pays membres et la Commission ? Ils ont maugrée, réprouvé et sont, à ce jour, passés à autre chose. Hier, en Italie, le parquet de Milan a remis au Parlement un dossier de 389 pages dont il ressort que le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, rétribue en espèces et en logements dans une résidence de luxe des jeunes femmes participant à des fêtes – on dit fêtes – dans sa propriété d’Arcore. La prostitution n’est pas un délit pénal mais l’une des ces jeunes femmes, connues de toute l’Italie sous le nom de Ruby, était mineure aux moments des faits ce qui tombe, là, sous le coup de la loi. Que se passe-t-il ? Les partisans de Silvio Berlusconi crient au « massacre médiatique » et, bien que sa popularité et sa majorité soient sérieusement essoufflées, ce chef de gouvernement n’a pas immédiatement été acculé à démissionner, pas plus que lorsque la Justice l’avait mis en cause dans des affaires financières. On s’assied, nous nous asseyons, sur beaucoup de choses en Europe et, c'est de la même façon que notre certitude d’être citoyens de pays parfaitement honorables nous autorise à aller passer des vacances bon marché chez nombre de dictateurs. Plage et soleil lorsqu'un de ces dictateurs est renversé par son peuple et qu’on ne peut plus faire semblant d’ignorer ce qu’était son régime, à qui nous en prenons-nous ? Pas à nous-mêmes, pas à ces délicieuses vacances de l’été dernier, mais à des gouvernements, les nôtres, qui n’ont pas su retourner leur veste à temps alors que nous, citoyens, ne leur avions jamais demandé et ne leur demanderont pas – intérêts d’Etat obligent – de rompre toute relation avec toute dictature, surtout pétrolière. Ces gouvernements ont été maladroits. Mme Alliot-Marie en a vraiment trop fait mais n’y a-t-il pas beaucoup d’hypocrisie dans cette soudaine indignation ?

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