L’autre explication est la baisse du cours de l’euro, tiré vers le bas par la crise de la dette publique. Ce recul de la monnaie unique qui profite tant et si heureusement aux grands exportateurs européens comme Airbus renchérit, à l’inverse, le coût des importations pétrolières de l’Europe. C’est l’une des deux grandes causes de l’envolée des prix à la pompe mais la principale n’a rien à voir avec le cours des monnaies.

Si le prix du plein atteint des records c’est, avant tout, que celui du baril ne cesse plus de grimper en raison des ambitions nucléaires de l’Iran, des sanctions économiques qu’elles suscitent et de la tension grandissante qui en résulte dans le Golfe. L’Union européenne a fait savoir, hier, que l’embargo pétrolier qu’elle souhaite décréter contre la République islamique devrait devenir effectif dès le début du mois de juillet. L’Iran en souffrira considérablement car il exporte 18% de son pétrole vers l’Union et, avant cela, Barack Obama avait promulgué, le 31 décembre, une loi permettant de geler les avoirs américains de toute institution financière étrangère engagée, avec la Banque centrale iranienne, dans le commerce du pétrole.

L’Iran aura bientôt de plus en plus mal à commercialiser une richesse dont il tire aujourd’hui 80% de ses rentrées en devises et, dans l’espoir d’intimider les Occidentaux, ses dirigeants laissent planer la menace, tantôt formulée, tantôt démentie, de fermer le détroit d’Ormuz, ce poumon du monde par lequel transite, le long de leurs côtes, plus du tiers du commerce international du pétrole.

Si l’Iran en arrivait là, il provoquerait immanquablement un conflit militaire dans le Golfe. Ce serait la guerre. Elle impliquerait les Etats-Unis, les monarchies pétrolières et, sans doute, bien d’autres pays. Ce serait une vraie guerre, pas forcément courte et dont les répercussions se feraient sentir dans tout le Proche-Orient et, bien qu’on n’en soit pas encore là, bien que ce ne soit pas même le plus probable, cette seule perspective conduit à faire des réserves qui augmentent la demande et tirent le prix du baril vers le haut.

Cela suffirait à expliquer la hausse des cours du pétrole mais ce n’est pas tout. Face aux difficultés économiques que les sanctions internationales ont déjà provoquées en Iran et aux difficultés politiques d’un régime rejeté par sa population, face à ce pays chiite affaibli qui avait rêvé de leur ôter toute influence régionale, les monarchies sunnites se disent aujourd’hui que l’heure de la revanche a sonné.

L’Iran, se disent-elles, est en train de perdre son seul allié proche-oriental, le régime syrien déstabilisé par dix mois d’insurrection populaire. C’est le moment, pensent-elles, de mettre l’ennemi dos au mur et c’est avec cet objectif que l’Arabie saoudite vient d’annoncer qu’elle augmenterait sa production pétrolière pour compenser l’embargo sur les exportations iraniennes.

Les monarchies deviennent partie prenante aux sanctions occidentales contre l’Iran qui les a publiquement menacées, hier, de représailles non définies. La tension monte et le prix de l’essence n’a pas fini de monter.

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