Pourquoi les Algériens n’ont-ils rien d’autre essayé que le recours à la force ? Pourquoi ce groupe djihadiste s’était-il lancé dans une telle opération ? Et quelles seront les conséquences de cette crise dans la crise ?

Ce sont les trois questions qui se posent ce matin et la réponse à la première est parfaitement claire. Non seulement il n’y avait rien à négocier puisque les preneurs d’otage du site gazier ne demandaient pas de l’argent mais l’arrêt de l’intervention française au Mali et, quand bien même y aurait-il eu matière à un donnant-donnant, les autorités algériennes ne s’y seraient pas prêtées. Depuis qu’ils ont écrasés leur propre guérilla islamiste des années 90, les dirigeants algériens font tout pour intégrer les djihadistes à la vie économique et politique du pays. Maintenant qu’ils ont été battus, ils les achètent afin de les ranger et les déconsidérer mais jamais ils ne céderaient devant une résurgence de la violence car la situation sociale du pays est si tendue et sa situation politique si bloquée que tout succès des djihadistes risquerait de leur redonner un prestige et leur attirer de nouvelles recrues.

Dramatique, le dénouement de cette prise d’otages était absolument prévisible mais comment expliquer, alors, que ce sous-groupe djihadiste ait ainsi bravé un échec assuré ? La raison en est double. Son chef, dit « le borgne », ou Mr Marlboro, un djihado-mafieux qui avait rompu avec al Qaëda au Maghreb islamique pour mieux développer ses trafics de drogue et de cigarettes, a voulu montrer à ses troupes – auxquelles il avait pris la précaution de ne pas se joindre – qu’il n’était pas moins audacieux que ses anciens camarades. C’était une question de statut politique et de préservation du chiffre d’affaires mais resté fidèle à la cause, le borgne voulait aussi réaliser un coup d’éclat susceptible d’intimider l’Algérie, la France et le monde et de susciter de nouvelles vocations.

Il s’agissait de donner l’impression que le djihadisme pouvait frapper partout et quand il le voulait. Les militaires appellent cela de la « gesticulation », tactique à l’efficacité éprouvée mais a-t-elle, en l’occurrence, marché ?

La réponse est non car ce coup d’éclat est surtout venu montrer à quel point il avait été important d’empêcher les djihadistes de s’emparer de Bamako et de faire du Mali un nouvel Afghanistan.

L’Allemagne se réveille et on le verra bientôt. Les pays africains accélèrent leurs envois de troupes. La Mauritanie sort de sa prudence et, signe d’un changement en profondeur, la Tunisie a soudain déclaré hier « comprendre la décision souveraine du Mali » et appelé à « un dialogue national global parallèlement à l’action militaire ». Non seulement les dirigeants islamistes de la Tunisie appellent ainsi à la poursuite de l’engagement militaire de la France mais ils souhaitent maintenant, ont-ils déclaré dans le même souffle, que les pays du Sahel et du Maghreb « unifient leurs politiques sécuritaires » face aux « groupes terroristes armés ». Cette déclaration eut été impensable il y a encore deux jours. C’est un total changement de donne qui vient isoler les djihadistes comme jamais et cela au moment même où leurs réseaux ne parviennent plus à les fournir en carburant algérien.

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