« Progrès historiques », dit-on à Washington. Ouverture d’une « nouvelle page », dit-on à Téhéran et ces expressions sont pleinement justifiées pour deux raisons. Aboutissement de l’accord trouvé l’été dernier sur le dossier nucléaire, la levée, samedi, des sanctions économiques internationales prises contre l’Iran vient, d’abord, prouver qu’il n’y a pas que la guerre ou l’inertie pour faire face à une crise.

Retout en arrière. L’Iran voulait la bombe. Cette ambition était bien plus ancienne que sa théocratie puisqu’il la caressait déjà sous le Chah. Pour la seule grande puissance chiite de l’islam, il s’agissait de s’affirmer dans un Proche-Orient majoritairement sunnite mais, si les Iraniens avaient été au bout de ce projet, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Egypte auraient aussi voulu se doter de l’arme atomique et Israël serait entré en guerre contre l’Iran.

Pour éviter cela, les Etats-Unis auraient été obligés d’aller bombarder les sites nucléaires iraniens et l’Iran aurait riposté en bloquant le détroit d’Ormuz par lequel transite le tiers des approvisionnements pétroliers du monde.

C’eut été l’aventure, et cette aventure économique et militaire a été évitée par l’imposition des sanctions internationales qui ont contraint l’Iran à envisager un compromis et par la volonté de Barack Obama de négocier avec les Iraniens sur la base de ce rapport de forces plutôt que de les laisser s’enfoncer dans la faillite - de braver ses alliés sunnites, Israël et la droite américaine en cherchant une détente avec le régime iranien plutôt que sa chute. C’est un précédent, et il est aussi heureux qu’encourageant dans un monde qui n’est que crises.

Illusions, naïveté, répondent les Saoudiens, les Israéliens et la droite américaine qui craignent que, débarrassée des sanctions, la théocratie iranienne ne renforce son emprise sur le pays et ne décuple ses efforts de projection dans la région.

C’est une possibilité. On ne peut pas totalement l'exclure mais elle est loin d’être la plus probable car la société iranienne aspire depuis longtemps à une démocratisation et à un développement économique passant par une normalisation des relations avec les pays sunnites et le monde.

C’est pour cela qu’en 2013, les électeurs avaient massivement porté à la présidence Hassan Rohani, le candidat qui leur avait promis d’œuvrer à la levée des sanctions. Sa promesse a été tenue. Hassan Rohani est désormais si populaire qu’il bénéficie d’une marge de manœuvres face aux durs du régime qui ne réussiront pas à invalider toutes les candidatures des modérés et réformateurs aux législatives du 26 février prochain.

Hassan Rohani sortira renforcé de ce scrutin. L’un de ses premiers objectifs sera alors d’améliorer les relations avec l’Arabie saoudite et cela ne pourra pas se faire sans un compromis sur la Syrie. Rien ne se fera en un jour mais la levée des sanctions contre l’Iran y ouvre une dynamique porteuse d’espoirs pour tout le Proche-Orient.

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