Brouillard sur la Manche

C’est clair, mais jamais clarté n’aura apporté autant de confusion. Les choses sont maintenant claires puisque Theresa May a pris acte, par son discours d’hier, du refus des 27 autres pays membres de l’Union d’accorder à la Grande-Bretagne le maintien dans le marché unique si elle en refusait les règles et notamment la liberté d’installation des citoyens européens dans chacun des pays bénéficiant de la libre circulation des biens sur ce marché.

Jusqu’à ce discours tant attendu, la position britannique était ambiguë. La Première ministre refusait de choisir entre renonciation aux avantages du marché unique et renonciation au contrôle de l’immigration européenne. On ne savait pas ce qu’elle voulait et les autres dirigeants européens s’en agaçaient mais les choses sont maintenant dites.

La Grande-Bretagne sortira du marché unique en même temps que de l’Union. Elle ne veut pas d’un statut d’État associé qui lui aurait imposé d’accepter la totalité des règles communes aux États membres sans plus avoir son mot à dire sur leur définition. Non. La Grande-Bretagne s’en va et n’ambitionne plus, a dit Mme May, que la négociation d’un accord commercial bilatéral entre elle et l’Union avec laquelle elle ne veut plus maintenir et développer que de bonnes relations et une étroite coopération militaire.

D’où la satisfaction des 27. D’où même ce brevet de « réalisme » que Donald Tusk, le président du Conseil européen, a décerné à Mme May. Les 27 se félicitent d’au moins savoir, désormais, ce qu’il y aura à négocier, les conditions de la séparation et l’éventuel accord commercial mais, sur ces deux choses, la confusion est complète.

Elle l’est parce que les deux parties ne sont évidemment pas d’accord sur les termes de la séparation, rythme et conditions financières, et que la conclusion d’un compromis risque de prendre plus que les deux ans prévus par les traités. Elle l’est parce que la Grande-Bretagne souhaiterait ouvrir sans tarder la négociation de l’accord commercial que les 27 ne veulent, eux, aborder qu’après que les discussions sur la séparation auront été conclues.

Elle l’est parce que la négociation d’un accord commercial est toujours chose extrêmement longue et aléatoire tant les parties concernées veulent en tirer le maximum possible d’avantages et des garanties. Elle l’est surtout parce Mme May a assorti cette demande d’accord commercial si ardemment souhaité par les entreprises britanniques et la place financière de Londres d’un chantage au dumping fiscal et social que son pays pourrait exercer en baissant ses impôts sur les sociétés et restreignant encore ses protections du travail, déjà bien faibles.

Ça n’a pas plu sur le continent. On y en conclue que chaque clause devrait être examinée à la loupe. Ça ne part pas bien et un haut responsable européen me disait hier que, plus rien n’étant aujourd’hui sûr, ni le commerce britannique, ni la sécurité américaine, ni l’énergie russe, l’Union réalisait enfin « si, si, croyez-moi, vous verrez », quelle devrait décidément apprendre à ne plus compter que sur elle-même.

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