Où l'on voit que la jeunesse des Territoires occupés ne demandera bientôt plus un Etat mais des droits civiques à Israël

C’est comme une relève de génération. Dimanche, la direction palestinienne au grand complet constatait la complète impasse de ce qu’on n’ose plus appeler le processus de paix et menaçait de suspendre sa reconnaissance d’Israël jusqu’à ce qu’Israël reconnaisse un Etat palestinien dans les frontières de 67. 

        Accablé, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, qualifiait de « claque du siècle » la décision de Donald Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem que la Maison-Blanche considère désormais comme la capitale israélienne et non plus comme une ville à partager, un jour, entre deux capitales de deux Etats. 

Il y avait une rage froide et impuissante dans cette assemblée d’hommes âgés qui savent désormais que leur temps s’achève sur un combat inachevé et puis…

Et puis il y eut, hier, cette décision d’un tribunal militaire israélien de refuser la libération conditionnelle d’une Palestinienne de 16 ans, Ahed Tamimi, qui sera jugée à la fin du mois pour incitation et participation à des « émeutes violentes ». Cheveux blonds dévalant en anglaises jusqu’à mi dos et regard incroyablement déterminé, cette adolescente aux yeux bleus est devenue une icône palestinienne et une célébrité mondiale depuis qu’elle a giflé un soldat planté devant chez elle pour empêcher la manifestation hebdomadaire de son village contre l’occupation israélienne. 

En 2012, elle avait alors douze ans, elle s’était déjà rendue célèbre en agitant son poing vers un autre soldat auquel elle menaçait de « casser la tête ». Il y a un an, elle avait mordu un autre conscrit pour l’empêcher d’interpeler son frère et maintenant cette gifle, filmée par sa mère et devenue virale sur les réseaux sociaux.

Qualifiée par le Haaretz, le journal de référence israélien, de « Jeanne d’Arc palestinienne », Ahed Tamimi posait donc à la Justice militaire un problème insoluble car, sa libération lui aurait permis d’arriver en héroïne à son procès et son maintien en détention fait d’elle une martyre, gamine embastillée par une armée. 

Les juges militaires ont choisi le second risque, jugé moindre, mais comment ne pas voir que cette adolescente, fille d’une famille ayant aujourd’hui opté pour la non-violence, incarne une nouvelle génération palestinienne qui ne croit pas plus au processus de paix qu’à la solution à deux Etats et entend tout simplement se battre pour la reconnaissance de ses droits et de sa dignité. 

A cette génération, l’échec des négociations de paix a appris qu’elle ne vivait pas dans une virtualité de Palestine mais dans la réalité d’un Israël qui s’étend de fait à la Cisjordanie, dans un Etat unique auquel elle réclame donc des droits civiques, bien plus difficiles à refuser que des frontières, un Etat et une capitale.

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