Cinq mois après la tentative d’assassinat dont il a été victime, Alexei Navalny est retourné hier soir à Moscou, pour être aussitôt arrêté à l’aéroport. Une affaire qui pourrait devenir la première crise entre l’administration Biden et la Russie de Poutine.

Alexei Navalny et son épouse Iulia à leur arrivée à l’aéroport Cheremetievo de Moscou, dimanche 17 janvier, quelques instants avant l’arrestation de l’opposant russe.
Alexei Navalny et son épouse Iulia à leur arrivée à l’aéroport Cheremetievo de Moscou, dimanche 17 janvier, quelques instants avant l’arrestation de l’opposant russe. © AFP / Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

Qu’on soit d’accord avec lui ou pas, il faut reconnaître une sacrée dose de courage à Alexei Navalny. Cet opposant à Vladimir Poutine a failli mourir il y a cinq mois dans une tentative d’assassinat imputée au Kremlin ; or après avoir été soigné en Allemagne, il a décidé de retourner à Moscou ; de se jeter dans la gueule du loup.

C’est exactement ce qui s’est passé puisque son retour a été la chronique d’une arrestation annoncée. Un mandat d’arrêt a été émis contre l’opposant, pour ne pas avoir respecté les règles de son contrôle judiciaire, lié à une peine de prison avec sursis. Il lui est reproché de ne pas s’être présenté à un commissariat comme il en avait l’obligation, alors qu’il était en soigné en Allemagne pour un empoisonnement provoqué par des agents russes. Littéralement kafkaien !

Son retour hier soir, en compagnie de son épouse Iulia, et de dizaines de journalistes, s’est conclu comme prévu par son arrestation, filmée en direct et retransmise en streaming au monde entier. Alexei Navalny a donc été mis en détention hier soir, par ceux qui ont tenté de l’assassiner.

Alexei Navalny a toujours refusé l’option de l’exil. C’est à ses yeux une mort politique douce. Il en veut pour exemple Mikhaïl Khodorkhovski, l’ancien oligarque qui avait défié Poutine en 2003, effectué dix ans de prison avant d’être autorisé à quitter le pays. Il a vainement tenté de mobiliser contre Poutine de l’étranger, mais son impact en Russie est faible.

Pour Navalny, un ancien avocat de 44 ans devenu la figure de proue de l’opposition, il y a une dimension sacrificielle dans l’engagement politique dans un pays comme la Russie. Il a déjà subi d’innombrables arrestations, une attaque à l’acide qui a failli le rendre aveugle, et enfin cette tentative d’assassinat au Novitchok, une arme chimique produit par l’État russe, et dont les enquêtes montrent qu’elle fut menée par des agents en service commandé.

Il connait aussi le sort de nombreux opposants, comme Boris Nemtsov, assassiné en 2015 à quelques dizaines de mètres du Kremlin ; ou la journaliste Anna Politovskaia, abattue en 2006 dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Navalny connait le risque, et pourtant il est rentré.

Le Kremlin mise sur un impact faible de son arrestation, bien moindre que l’ampleur internationale que prend cette affaire. 

Alexei Navalny s’est fait connaître comme blogueur anticorruption, maniant habilement les codes d’internet, révélant plusieurs affaires liées au Kremlin sur sa chaîne YouTube. Mais ses ambitions politiques se heurtent à un État autoritaire tout puissant, qui limite son soutien à la jeunesse des grandes villes.

Il n’est pas indifférent que la tentative d’assassinat dont il a été victime se soit produite alors qu’il faisait campagne pour les élections municipales en Sibérie, là où la population était descendue dans la rue pour soutenir un gouverneur arbitrairement limogé. Il y avait danger.

En revanche, s’il est condamné, ça deviendra une affaire internationale, le premier test de la présidence Biden. S’il reste en prison, le sort d’Alexei Navalny a le potentiel pour devenir la première crise internationale, entre la nouvelle administration américaine et la Russie de Poutine.

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