Trois policiers tués dans ce qui ressemble beaucoup à une embuscade, après cinq autres abattus à Dallas, le 7 juillet dernier. Ca commence à faire beaucoup, pour le président Obama

Un policier soutenu par une anonyme après l'attaque de Bâton-Rouge
Un policier soutenu par une anonyme après l'attaque de Bâton-Rouge © Reuters / Jeffrey Dubinsky

Trois policiers tués dans ce qui ressemble beaucoup à une embuscade, après cinq autres abattus à Dallas, le 7 juillet dernier. Ca commence à faire beaucoup, c'est en tout cas le sens de la déclaration de Barack Obama, qui les a qualifié d'inacceptables.

Certains, aux Etats-Unis bien sûr, accusent déjà en sous-main la communauté noire de se venger des meurtres commis à leur encontre par la police américaine. Alors on va essayer ici de démêler le vrai du faux et surtout d'être précis. Est-il vrai que la police américaine tue plus de Noirs que d'autres populations aux Etats-Unis ? Il faut reprendre pour le savoir une remarquable étude publiée par le Guardian de Londres il y a quelques jours. D'abord et avant tout, la police américaine tue beaucoup, énormément même : elle a tué par balle en 2015, 1 134 personnes. En France, même s'il n'y a pas de chiffres précis, on estime que police et gendarmerie, n'ont tué qu'une dizaine de personnes.

Les Noirs sont-ils surreprésentés dans ce millier de tués américains ? Oui, même si la majorité des tués sont – il faut le souligner – blancs. Tout simplement parce que les blancs – les Caucasiens comme on dit là-bas – sont majoritaires au sein de la population. Mais, reste qu'il ne fait pas bon être Noir, jeune et en situation délicate. Alors que les jeunes hommes noirs entre 15 et 34 ans représentent à peine 2% de la population, ils comptent pour 15% des victimes de tirs policiers. Un jeune noir américain a neuf fois plus de chance de se faire tuer que n'importe quelle autre communauté. Même topo, bien connu, si l'on regarde les chiffres de l'incarcération des Noirs : ils représentent la moitié des 2,2 millions de prisonniers américains sont des Noirs. Des chiffres qui accréditerait la thèse d'une vengeance noire face à la violence policière.

Mais évidemment, la réalité est plus complexe, lorsque l'on tient compte d'autres facteurs. Economiques par exemple. Les Noirs américains représentent 13 à 14% de la population étasunienne. Depuis toujours, ils étaient la minorité ethnique la plus nombreuse du pays. Or ce n'est plus le cas : les Latinos les ont dépassés en terme de démographiques et surtout économiques ! De plus, ce dépassement se passe précisément dans les Etats où vivent les noirs : le sud et les grandes villes de l'Est et du Nord. Et le pire, c'est que les Latinos s'enrichissent plus vite, entre plus volontiers dans la classe moyenne américaine, envoie plus rapidement leurs enfants à l'université, s'intègre a grande vitesse, laissant derrière eux des Noirs toujours aussi pauvres et déclassés.

Enfin, il y a un facteur local à ne jamais négliger lorsqu'on parle des Etats-Unis. Parler de « police américaine » est en fait un abus de langage. Toutes les polices aux Etats-Unis sont avant tout locales, extrêmement locale même. Ce qui signifie que les membres des polices de New York, de Chicago, de Baltimore ou de Bâton-Rouge, en Louisiane tant marquée par la ségrégation, sont recrutés sur place avec donc tout ce que cela implique de rancoeurs liées à l'histoire locale.

Enfin, je voulais terminer par un sourire. Par cet éditorial du Los Angeles Times qui ce matin disait en substance : le problème ce ne sont ni les Noirs, ni les policiers, ni les Musulmans à Orlando, ni les anti-avortements ailleurs. Le problème, ce sont les hommes. « Aux Etats-Unis, 98% de tous ceux qui tirent et tuent sont des hommes et 98% des policiers qui ont tiré avec leur arme de service, sont aussi des hommes. Pire encore, 90% de tous les meurtres commis aux Etats-Unis, tous moyens confondus, sont des hommes (...) Et lorsque les femmes tuent, seul 7% de leurs victimes sont des inconnus, contre 25% pour les hommes ». Le problème, ce sont bien les hommes. Je le dit avec le sourire... Encore que... Je laisse ces chiffres à la réflexion de tous.

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