Le nouveau président sud-coréen a proposé de discuter directement avec son voisin nord-coréen... Est-ce une bonne nouvelle ?

Célébrations nord-coréennes du lancement du missile balistique intercontinental le 4 juillet 2017
Célébrations nord-coréennes du lancement du missile balistique intercontinental le 4 juillet 2017 © AFP / KIM Won-Jin

Oui, discuter avec les Nord-Coréens vaut toujours mieux, même si eux n'ont qu'une idée en tête : des discussions oui, mais uniquement avec les Américains et en direct, s'il vous plaît. Et pour cela, ils ont fait beaucoup de bruits :

Depuis l'arrivée de Donald Trump à Washington, ils ont effectué deux tests de missile et, le 4 juillet, le jour de la fête nationale américaine, ils ont pour la première fois en « cadeau » comme le disait leur communiqué, testé un missile intercontinental.

C'est-à-dire un missile capable de parcourir plus de 4 000 kms et donc de frapper l'Alaska, mais pas encore la côte ouest des Etats-Unis. En clair, ça fait très peur. Après tout, ils ont testé par ailleurs, et plusieurs fois, des bombes nucléaires.

Alors justement, faut-il avoir peur de la Corée du Nord ?

Non, pas encore. Ou en tous cas, pas pour les raisons que je viens de vous expliquer. Pourquoi ? Parce que c'est une chose d'avoir un missile intercontinental et une autre, très différente, c'est d'être capable de le doter d'une tête nucléaire.

Les experts les plus sérieux estiment que, certes, la Corée du Nord possède la bombe atomique, mais une bombe atomique artisanale en somme. C'est à dire de la taille de votre salon, si vous voulez, et qu'ils sont juste capables de faire exploser sous terre.

D'ici à ce qu'ils puissent la miniaturiser pour la placer au bout d'un missile, il reste encore une petite dizaine d'années. Même s'il faut toujours rester prudent avec la Corée du Nord qui consacre un quart de sa richesse nationale, record mondial, à la défense.

Mais alors, pourquoi font-ils tant de bruit ? Pourquoi attirer comme cela l'attention du monde entier ?

Parce qu'ils n'ont que quelques mois devant eux ! D'ici la fin de l'année, la nouvelle administration américaine se rendra compte qu'il y a plus important et plus urgent dans le monde que le pouilleux régime nord-coréen et sa dynastie militaro-communiste.

La Syrie, la Vénézuela, la Russie, Israël – Palestine, l'Iran vont à nouveau accaparer l'attention du monde et le dictateur joufflu de Corée du Nord risque de retomber dans l'oubli et l'ennui. Et donc de redevenir un petit problème régional géré par la Chine.

Exactement ce qu'ils veulent éviter : le tête-à-tête entêtant avec Pékin. Depuis toujours, les Nord-Coréens ont tenté de jouer une puissance contre l'autre : d'abord la Chine contre l'URSS et aujourd'hui donc, la Chine contre les Etats-Unis.

Mais à moyen terme, y-a-t-il une solution pour les calmer ou les contrer ?

D'abord, il n'y a que de mauvaises solutions militaires. La stratégie de la Corée du Nord est celle du fou au fort. C'est-à-dire, en gros, qu'ils entretiennent leur imprévisibilité face à l'arsenal américain et aux pressions chinoises.

Le vrai danger de Pyongyang n'est pas leur bombe ou leurs missiles intercontinentaux, c'est tout bêtement leurs bon vieux Scuds, achetés dans les années 70 ou 80, et qui peuvent parcourir une centaine de kilomètres.

Parce qu'à portée immédiate de ces missiles rustiques, il y a les 10 millions d'habitants de la capitale sud-coréenne, Séoul. Or les Nord-Coréens n'ont jamais hésité à tirer et à tuer : en 2010, ils ont coulé une corvette sud-coréenne, faisant 46 morts !

Donc la solution n'est surtout pas de répliquer, de réarmer le Japon ou de multiplier les exercices militaires avec la Corée du Sud. La solution est de ne pas entrer dans leur jeu et de faire adopter à l'ONU des sanctions du type de celle qui ont fait plier l'Iran.

Parce que pour ne pas fâcher la Chine ou pour laisser une porte de sortie à Pyongyang, les sanctions qui pèsent sur ce régime claquemuré sont encore assez légères. En clair, il faut les ruiner un peu plus et surtout les replonger dans un ennui stratégique abyssal.

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