1979 : un pays entier se soulève contre le dictateur Somoza : 40 000 morts. 2018 : un pays entier se soulève contre le dictateur Ortega : plus de 300 morts. Les peuples n'oublient pas qu'ils ont été révolutionnaires.

Chronique internationale 18-07

Depuis le 18 avril dernier, le Nicaragua s'enfonce dans la répression et l'on compte déjà plus de 300 morts. Le 18 avril, date de la 1ère manifestation contre un projet de réforme des retraites et de la sécurité sociale. Une manifestation qui, d'un coup, a brisé le cercle d'airain de la peur qui enserrait le Nicaragua et qui a libéré tout un peuple.

Depuis, pas une semaine sans barricades, manifs, appels à des élections anticipées mais surtout, pas une semaine sans répression : des étudiants, des paysans, des syndicalistes, des enfants, sont tombés sous les balles ou les coups des sbires du régime.

Et depuis hier, Masaya. Or en Amériue latine, comme ailleurs, les symboles sont importants. Masaya, c'est la ville chérie des Nicaraguayens pour son éternel esprit de résistance. En 1979, elle était l'épicentre de l'opposition à la dictature de Somoza.

C'est à Masaya, et dans le quartier populaire et indigène de Monimbó, que toute une génération de jeunes Nicaraguayens a rêvé de révolution et de lendemains qui chantent. Masaya, le bastion des Sandinistes d'un certain Daniel Ortega.

Aujourd'hui, c'est Daniel Ortega le révolutionnaire qui réprime son peuple

Incroyable ironie de l'histoire... Lui qui a passé 7 années en prison pour « terrorisme », vient de faire passer une loi qualifiant de « terroriste » ceux qui dégraderaient des édifices publics ou léveraient des barricades. Mais surtout, il fait assiéger Masaya.

Quand je dis « assiéger », il faut le prendre littéralement : de 1 500 à 2 000 hommes bloquent au moment où je vous parle tous les accès à la ville rebelle avant un assaut qui promet d'avance d'être sanglant. Le Nicaragua prend le chemin du Vénézuéla.

En pire ! Lors des manifestations étudiantes de l'année dernière on a dénombré 135 victimes dans les rues de Caracas. Vous le rappeliez tout à l'heure, on est déjà pas loin du triple à Managua et partout dans le pays.

Venezuela, Nicaragua, même combat répressif

Ils appartiennent tous deux à l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, cette organisation créée par Hugo Chávez et qui rassemble, entre autres, Cuba, la Bolivie, le Vénézuéla et donc le Nicaragua. Les autres pays membres sont des îles-Etat caraïbes.

Mais la vraie ressemblance est ailleurs : Managua s'inspire de Caracas pour tenter de briser le soulèvement populaire. Même contrôle des médias, même fausse volonté de négocier pour gagner du temps et surtout épuiser les insurgés :

Même répression féroce et multiforme : bandes armées à la solde du régime, policiers qui tirent à balles réelles, milices politiques et supplétifs de l'armée sans uniformes mais pas sans armes de guerre. Bref, une photocopie de la terreur et de la répression.

Il y a tout de même quelques différences notables : à Managua, l'opposition au régime de Daniel Ortega est incroyablement diverse : elle va de l'Eglise, aux patrons en passant par les associations homosexuelles, indigènes, les syndicats, les commerçants.

Mais la vraie différence est ailleurs : contrairement au Vénézuéla, le Nicaragua est un pays révolutionnaire. A Masaya, comme ailleurs, les Nicaraguayens savent se soulever, s'organiser, résister.

Dans les mois qui ont précédé la chute de Somoza en 1979, la répression avait fait plus de 40 000 victimes. Autant dire que les intimidations sanglantes d'Ortega n'impressionnent pas un peuple aussi déterminé et aguerri. Masaya ne tombera pas ! Ortega, par contre...

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