Au premier regard, cela choque. Treize ans après la chute du Mur de Berlin, cette barrière électronique dont les Israéliens ont entrepris, dimanche, de cerner la Cisjordanie paraît symboliser une irrémédiable coupure entre les deux peuples, l’enterrement de tout espoir de paix, la renaissance, au Proche-Orient, d’un nouveau rideau de fer. Neuf mètres de haut sur 350 kilomètres de long, ce n’est évidemment pas un progrès sur la voie du dialogue mais, au-delà des apparences, ce mur a, peut-être, de bons côtés. Tandis que les militants de la paix, dans leur majorité, sont pour, les colons sont contre. Pour les colons, partisans déclarés d’une annexion pure et simple de la Cisjordanie, cette barrière va en effet marquer la reconnaissance, de fait, par Israël, non seulement d’un Etat palestinien mais aussi des frontières de 1967 puisque c’est, grosso modo, sur leur tracé que les bulldozers devraient travailler. Pire encore, à leurs yeux, les colonies vont ainsi se retrouver au-delà du mur, au-delà des défenses d’Israël dont l’armée ne sera pas éternellement présente en Cisjordanie. Avec l’ouverture de ce chantier, les colons se voient virtuellement abandonnés et certains d’entre eux manifestaient hier, déguisés en fedayin et brandissant d’amères pancartes : « Merci pour notre Etat ! ». Avec des conclusions différentes, les militants de la Paix maintenant, partagent cette analyse. Pour eux, ce mur va faire entrer dans la conscience israélienne l’existence de deux Etats, rassurer les Israéliens sur leur sécurité tout en créant le fait accompli d’une Palestine, aujourd’hui occupée mais aux frontières esquissées, destinée donc à l’indépendance et la souveraineté. « C’est une victoire, disent-ils, pour toux ceux qui défendent l’idée d’une frontière sur les lignes de 1967 ». Côté palestinien, Yasser Arafat condamne véhémentement, parlant de racisme et d’apartheid. Il a là, pour une fois, le soutien des Etats-Unis mais tous les Palestiniens ne sont pas d’accord. En privé, beaucoup d’entre eux, des partisans d’un règlement politique, expliquent, au contraire, que l’érection de cette barrière électronique va recentrer la guerre sur les Territoires occupés, restreindre les possibilités d’attentats en Israël, cerner ainsi la lutte des Palestiniens sur la création de leur Etat. A les entendre, si le nombre des victimes civiles israéliennes décroît tandis que les pertes augmentent parmi les soldats chargés de la protection des colons, la perception israélienne du conflit va se modifier et les termes d’une paix négociée s’imposeront plus facilement. Alors question : pourquoi Ariel Sharon a-t-il, dans ces conditions, approuvé ce projet ? La réponse est qu’il est dans l’impasse. Les attentats se poursuivent. Il lui fallait faire quelque chose . Il ne pouvait donc plus refuser cette idée prônée par Benjamin Ben-Eliezer, son ministre travailliste de la défense qui compte bien mener la gauche aux élections de l’automne 2003 sur les grandes lignes du plan Clinton, deux Etats pour deux peuples, le long des frontières de 1967.

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