On en a fait un moment de cette présidence. Chef des armées, c’est devant plus de 3000 soldats, gendarmes, policiers et responsables de la sécurité civile réunis Porte de Versailles que Nicolas Sarkozy a présenté, hier, le nouveau Livre blanc sur la Défense, redéfinition de la doctrine et des priorités militaires françaises pour les 15 ans à venir. La France ne s’était pas livrée à cet exercice depuis 1994. Et, depuis, tout a changé dans le monde. L’idée qu’une menace militaire russe pèserait encore sur l’Europe occidentale a été définitivement enterrée. Le 11 septembre a, en revanche, imposé la nécessité de parer des attaques surprises venues de mouvances politico-militaires non-étatiques ou d’Etats dits « voyous », c’est-à-dire en conflits avec les grandes puissances et ne respectant pas les règles du jeu international. Le développement du phénomène terroriste a, enfin, conduit à mettre l’accent sur les capacités de renseignement les plus modernes et à rapprocher les moyens de sécurité intérieure et extérieure. Ajoutés aux contraintes budgétaires d’un pays en déficit, tous ces changements conduisent à des bouleversements d’ampleur. Les effectifs seront réduits de 54 000 hommes, près d’un sixième de leur niveau actuel. Erigé en priorité, le renseignement bénéficiera d’une hausse de crédits spectaculaires – 700 millions contre 380 en 2008 pour les seuls satellites militaires – et sera piloté par un Conseil national du renseignement et un « coordonnateur national », tous deux placés auprès du chef de l’Etat. Sur le modèle du « National security council » américain, un « Conseil de la défense et de la sécurité nationale » siègera auprès du Président pour coordonner ou, peut-être, coiffer les ministères concernés Au détriment de l’Afrique, la France concentrera ses capacités extérieures sur un axe allant de l’Atlantique à l’Océan indien en passant par la Méditerranée et le Golfe arabo-persique. Beaucoup de choses vont changer, en profondeur, mais ce qui retiendra le plus l’attention dans ce Livre Blanc est la réaffirmation de la volonté française de revenir au sein du commandement intégré de l’Otan. La force de frappe française restera totalement nationale. En temps de paix, aucune force française ne sera placée en permanence sous commandement de l’Otan et l’accent mis sur le renseignement traduit un désir de la France de garder une autonomie. La France reste singulière mais, oui, c’est fait. Nicolas Sarkozy l'a personnellement confirmé hier. L'Alliance atlantique et les Etats-Unis l'ont aussitôt félicité. C’est fait sauf que la France conditionne ce tournant à l’affirmation d’une politique de Défense européenne à laquelle les Etats-Unis ont effectivement levé leur veto. C’était un donnant-donnant, sans doute la plus intéressante des nouvelles approches diplomatiques introduites par Nicolas Sarkozy mais, depuis la rédaction de ce Livre blanc, l’Irlande a dit « non » et, qu’on le veuille ou non, l’Union est en panne. Qu’en sera-t-il de la défense européenne ? Pourra-t-elle rester une priorité de la présidence française ? S’affirmer avant ce retour dans l’Otan ? Pour l’heure, on ne sait pas.

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