La raison en est claire. Si de Gaulle éveille soudain tant d’intérêt, si le soixante-dixième anniversaire de son Appel du 18 juin est célébré comme un centenaire, c’est qu’on ne s’y retrouve pas mieux que dans une débâcle, qu’on ne sait plus où nous allons et nous cherchons un horizon. Que pèse encore la France ? Que doit-elle dire et faire ? Que devrait-elle proposer au reste de l’Europe, au monde, à ses anciennes colonies ? Faute de savoir répondre à ces questions, faute d’hommes d’Etat pour l’y aider, la France se tourne vers celui qui l’avait appelé à ne pas renoncer quand tout semblait perdu mais ce n’est pas bien sûr pas de Gaulle qu’il faut interroger. Il n’est plus là, le monde a changé et le geste gaullien ne peut plus être utile qu’à deux choses. La première serait de nous rappeler que rien n’est impossible, que lorsqu’on veut, on peut et qu’il n’est pas plus nécessaire d’espérer pour entreprendre que de réussir pour persévérer. S’il est une définition du gaullisme, c’est celle-ci, le volontarisme politique, mais il s’accompagnait chez de Gaulle, d’une inépuisable clairvoyance, de cette capacité qu’il avait de ne pas regarder l’instant mais le mouvement, de dépasser les évidences du moment pour discerner les tendances de fond, celles en fonction desquelles il faut agir, sur le temps long. Tout comme, hier, on croyait le soviétisme immortel, on croit aujourd’hui que la Chine dominera demain le monde avec les Etats-Unis ou contre eux et que l’Islam devient une menace, la menace de ce siècle. Est-ce si vrai ? Avec le recul historique qu’avait un de Gaulle, avec un peu de gaullisme, ne pourrait-on pas se dire que si la Chine a su devenir l’usine du monde et s’enrichir au point de devenir le banquier de l’Amérique, elle a parallèlement créé de si violentes inégalités sociales que sa stabilité ne durera qu’autant que durera sa croissance qui, par définition, n’est pas éternelle ? Ce pays qui fascine tant est en fait un géant aux pieds d’argile, incapable d’affronter une tempête politique car son parti unique, ce parti communiste devenu le parti des possédants, ne dispose d’aucun relais social, d’aucune capacité de médiation des conflits alors que l’autre grande puissance asiatique, l’Inde, tout aussi dynamique, tout aussi ascendante, est forte de sa démocratie, des ses libertés, de son pluralisme et capable d’affronter toutes les crises. Ne sommes-nous pas, autrement dit, en train de nous tromper de géant et ne sommes-nous pas de même bien trop obnubilés par la violence islamiste ? Elle reste actuelle mais, aussi meurtrière qu’elle demeure, les djihadistes ont beaucoup perdu de leur aura auprès de la jeunesse proche-orientale, l’Iran rejette sa théocratie qui n’a plus rien à lui apporter et le pays le plus populaire du monde islamique est désormais la Turquie, pays laïque, membre de l’Otan, en plein boom économique et dont les gouvernants ont renié leur islamisme originel au profit d’un « islamo-conservatisme » qui n’est rien d’autre qu’un conservatisme traditionaliste. La page de l’affirmation par la terreur se tourne dans l’Islam et si on le voyait comme on devrait voir l’Inde et non pas la Chine, peut-être y aurait-il des conclusions à en tirer pour la France et l’Europe...

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