On en doute en France mais beaucoup moins en Allemagne. A force de le répéter et de le faire marteler par ses ministres, il semble bien que François Hollande ait maintenant convaincu Mme Merkel qu'il voulait bel et bien, comme il l'avait annoncé, ramener sous un an le déficit budgétaire à 3% du PIB et parvenir à l’équilibre d’ici à 2017.

Reste à voir comment il s’y prendra. Reste à voir si ce président qui contrôle désormais les deux Chambres choisira d’augmenter les impôts, de réduire les dépenses ou, plus vraisemblablement, d’actionner ces deux leviers en même temps mais, quels que soient ses choix, le fait est que cette détermination du président de la République apaise beaucoup les craintes allemandes et le met en position d’obtenir de la chancelière de vraies concessions sur des mesures de relance économique en Europe, son cheval de bataille.

Avant même que les résultats de ce deuxième tour ne soit venu renforcer sa crédibilité, François Hollande avait donc progressé samedi dans sa recherche d’un compromis avec Berlin. Entre Angela Merkel et lui, ce qu’on appelle le « paquet croissance » est désormais acté. Ce n’est pas seulement que les Européens emprunteront en commun pour investir ensemble dans la recherche, les infrastructures et les industries du futur, que le capital de la Banque européenne d’investissements sera augmenté et que la part non utilisée des aides européennes aux pays membres, des « fonds structurels », sera remobilisée pour servir de pot commun à la relance commune.

Nouveauté du week-end, c’est également que la France, l’Allemagne et les pays européens qui sont prêts à le faire imposeront une taxe sur les transactions financières destinée à freiner la spéculation et à financer leur croissance. Mme Merkel ne semble, de surcroît, plus fermée à une mutualisation partielle des emprunts qui permettrait de couvrir à de bien meilleurs taux la part des déficits nationaux excédant les 60% du PIB autorisés par les traités et pourrait également finir par accepter que le Mécanisme européen de stabilité, le fonds de solidarité européen, puisse jouer un rôle de banquier de l’Europe en pouvant emprunter auprès de la BCE, la Banque centrale européenne.

Le dialogue progresse entre la France et l’Allemagne. Le ciel s’éclaircit d’autant plus sur l’Europe que le résultat des élections grecques devrait permettre d’éviter le cataclysme qu’aurait constitué une sortie de ce pays de la zone euro mais le nécessaire compromis franco-allemand reste pourtant à sceller car il dépend toujours d’une condition sine qua non posée par l’Allemagne.

Mme Merkel veut que François Hollande accepte d’engager l’Union vers une intégration budgétaire et politique plus grande. Elle y tient parce qu’elle considère que la logique demande que les dépenses et déficits de chacun soient soumis à la surveillance de tous dès lors que les économies européennes s’imbriqueront plus encore. Le président de la République est, lui, assis sur le frein parce qu’il ne veut pas que ses politiques lui soient imposées et craint de voir se reformer en France un front souverainiste. C’est l’obstacle, et il n’est pas encore prouvé qu’une simple déclaration d’intentions suffise à le contourner.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.